Révolte sociale, des dizaines de “victimes” : le cimetière des radars

Révolte sociale, des dizaines de “victimes” : le cimetière des radars

Toute révolte sociale de grande ampleur a son lot de têtes-de-turcs symboliques. Victime expiatoire des révoltes d’aujourd’hui : le radar.

Commencé après la réduction de la vitesse maximum à 80 km/h sur les nationales ordinaires, le “massacre” des radars s’est brutalement accéléré depuis le début du soulèvement des Gilets jaunes. La tentative des autorités pour remédier à cette hécatombe en installant des radars-tourelles dernier cri, théoriquement inexpugnables, s’est révélé un total fiasco.

Une source de revenu fiscal bien plus qu’un outil efficace en terme de sécurité routière

Inauguré en 2003 par Sarkozy, le radar fixe n’est en fait rien d’autre qu’une sorte de percepteur, en version automatisée, chargé de pomper un peu plus de fric aux citoyens, avec une double-peine pour ceux qui empruntent des autoroutes à péage.

L’argument de la dissuasion pour les excès de vitesse, vous oubliez, c’est du pipeau. D’ailleurs, lorsque le gouvernement évoque les radars, c’est toujours en terme de recettes et non de victimes en moins… sauf quand il s’agit de justifier leur existence quand celle-ci est contestée. En matière de sécurité routière, les radars ont une influence infinitésimale, sinon nulle : un gain de 2 m/h sur route et de 3 en ville, chiffres totalement invérifiables comme tous ceux fournis d’ailleurs par La Sécurité routière.

Si l’effet dissuasif et l’impact sur les accidents de la route ont été, semble-t-il, nets au moment de l’installation, celui-ci s’est rapidement estompé jusqu’à devenir négligeable… et toujours invérifiable (quasi impossible par exemple de distinguer l’effet direct des radars de celui des mesures de prévention d’ensemble).

Le bouc émissaire désigné de la colère sociale

Quoiqu’il en soit, le radar automatique est devenu le bouc émissaire de la colère sociale. Un trajet au long cours sur nos routes actuelles s’apparente à la traversée d’un véritable cimetière de radars. On ne compte plus les dizaines de cadavres calcinés gisants au bord des voies routières, les pauvres suppliciés éborgnés, encapuchonnés de la tête au pied, aveuglés à grands coups de peinture. Œil (de Gilets jaunes) pour œil (de radars), telle semble être la nouvelle loi du talion que les autorités sont bien incapables d’endiguer.

Mais l’ampleur du carnage est aussi à la hauteur de la rage qui anime les agresseurs des malheureux automates. À peine l’une des “victimes” est-elle remise sur pied, prête à remplir de nouveau sa charge de gabelou routier, qu’elle est immédiatement reprise d’assaut et neutralisée séance tenante. 200 000 euros, telle est paraît-il le coût des nouvelles machines modernes à pressurer le contribuable routier. Je serais les autorités, je commencerais à consulter ma calculette.

Maintenant, qu’on nous permette tout de même d’opérer un distinguo entre les victimes des différents massacres sociaux. Sûr que le sort de ces insensibles trésoriers mécaniques indiffère infiniment plus que celui des éborgnés, des amputés, des mutilés humains en jaune. Notez enfin que ces attaques en règle contre ces machines fiscales que sont les radars participent efficacement au blocage économique du pays promis pour le 5 décembre prochain.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.