La mort d’Al Baghdadi ou les délires d’un empire en voie de dislocation

La mort d’Al Baghdadi ou les délires d’un empire en voie de dislocation

C’est le dernier scoop de la presse de propagande : l’armée US – en déroute sur le terrain moyen-oriental – aurait fini, ô miracle providentiel, par avoir la peau du calife daechien Al Baghdadi.

Pourtant nombreuses sont les incohérences de ce récit à la fois trop policé, trop opportun et trop grossièrement mis en scène – raconté en direct depuis la “Situation Room” de la Maison Blanche ! – pour être réellement crédible.

1/ Combien de fois nous a-t-on annoncé la mort d’Al Baghdadi, déjà ? Quatre, cinq fois ?

« L’OSDH [Observatoire syrien des Droits de l’homme, ndlr] confirme la mort d’al-Baghdadi » (AFP, 11 juillet 2017)

2/ Où sont les preuves tangibles de sa mort, les images de son agonie si précisément et hystériquement décrite par Trump soi-même ?

« Il n’est pas mort comme un héros, il est mort comme un lâche, comme un chien » [après avoir] « couru dans un tunnel sans issue, gémissant, pleurant et criant. »

3/ Comment Al Baghdadi aurait-il pu être débusqué grâce aux Kurdes, comme le raconte l’AFP… alors qu’il n’y a aucune présence kurde à Idlib, comme le rappelle Le Grand jeu ?

Un battage médiatique dérisoire à usage thérapeutique interne

Que cet évènement soit vrai ou faux n’a de toute façon plus aucune importance, analyse Le Grand jeu dans un billet à paraître demain dans le yetiblog, mais déjà visible ici :

« Daech est fini et son leader n’avait plus aucune influence sur le cours des événements. »

Robert Fisk, envoyé spécial de The Independent au Moyen-Orient et grand pourfendeur de fake news officielles, n’a pas attendu la énième mort du calife fantôme pour donner ses propres conclusions il y a une dizaine de jours :

« L’humiliation de Trump au Moyen-Orient, c’est la mort d’un empire. Vladimir Poutine est César maintenant. »

Dès lors, le battage médiatique dérisoire sur la mort d’Al Baghdadi apparaît surtout comme un mauvais spectacle à usage thérapeutique interne, dans un empire occidental en train de pourrir lentement de l’intérieur comme le montre la multiplication des émeutes populaires en son sein même.

« Contrairement à la version hollywoodienne de l’histoire, l’empire romain ne s’est pas effondré en quelques jours. Les Goths, les Ostrogoths et les Wisigoths n’ont pas englouti l’Italie au cours d’un week-end. La chute de l’empire s’est faite lentement, au fil des années, par petits morceaux successifs : légions romaines abandonnées, alliés tribaux non payés – puis trahis » (Robert Fisk).

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.