La mort d’Al Baghdadi ou les délires d’un empire en voie de dislocation

10/27/19, The White House, Washington, D.C. President Donald Trump speaks to reporters during a press conference at the White House on the U.S. operation in Syria resulting in the death of ISIS leader Abu Bakr al-Baghdadi, on Oct. 27, 2019. Gabriella Demczuk / TIME

C’est le dernier scoop de la presse de propagande : l’armée US – en déroute sur le terrain moyen-oriental – aurait fini, ô miracle providentiel, par avoir la peau du calife daechien Al Baghdadi.

Pourtant nombreuses sont les incohérences de ce récit à la fois trop policé, trop opportun et trop grossièrement mis en scène – raconté en direct depuis la “Situation Room” de la Maison Blanche ! – pour être réellement crédible.

1/ Combien de fois nous a-t-on annoncé la mort d’Al Baghdadi, déjà ? Quatre, cinq fois ?

« L’OSDH [Observatoire syrien des Droits de l’homme, ndlr] confirme la mort d’al-Baghdadi » (AFP, 11 juillet 2017)

2/ Où sont les preuves tangibles de sa mort, les images de son agonie si précisément et hystériquement décrite par Trump soi-même ?

« Il n’est pas mort comme un héros, il est mort comme un lâche, comme un chien » [après avoir] « couru dans un tunnel sans issue, gémissant, pleurant et criant. »

3/ Comment Al Baghdadi aurait-il pu être débusqué grâce aux Kurdes, comme le raconte l’AFP… alors qu’il n’y a aucune présence kurde à Idlib, comme le rappelle Le Grand jeu ?

Un battage médiatique dérisoire à usage thérapeutique interne

Que cet évènement soit vrai ou faux n’a de toute façon plus aucune importance, analyse Le Grand jeu dans un billet à paraître demain dans le yetiblog, mais déjà visible ici :

« Daech est fini et son leader n’avait plus aucune influence sur le cours des événements. »

Robert Fisk, envoyé spécial de The Independent au Moyen-Orient et grand pourfendeur de fake news officielles, n’a pas attendu la énième mort du calife fantôme pour donner ses propres conclusions il y a une dizaine de jours :

« L’humiliation de Trump au Moyen-Orient, c’est la mort d’un empire. Vladimir Poutine est César maintenant. »

Dès lors, le battage médiatique dérisoire sur la mort d’Al Baghdadi apparaît surtout comme un mauvais spectacle à usage thérapeutique interne, dans un empire occidental en train de pourrir lentement de l’intérieur comme le montre la multiplication des émeutes populaires en son sein même.

« Contrairement à la version hollywoodienne de l’histoire, l’empire romain ne s’est pas effondré en quelques jours. Les Goths, les Ostrogoths et les Wisigoths n’ont pas englouti l’Italie au cours d’un week-end. La chute de l’empire s’est faite lentement, au fil des années, par petits morceaux successifs : légions romaines abandonnées, alliés tribaux non payés – puis trahis » (Robert Fisk).

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