Bob Dylan : une pluie terrible va tomber (<em>A Hard Rain’s A-Gonna Fall</em>)

Bob Dylan : une pluie terrible va tomber (A Hard Rain’s A-Gonna Fall)

Bob Dylan est en fait une sorte de Rimbaud du siècle dernier, un talent précoce, lumineux, fulgurant, qui écrivit la plupart de ses chansons bouleversantes pendant une période très courte (les années 60), avant de voir son inspiration se tarir et s’éteindre peu à peu.

Ce chef d’œuvre, par exemple, A Hard Rain’s A-Gonna Fall (une pluie terrible va tomber), si prémonitoire de notre époque d’aujourd’hui…

Où es-tu allé, mon fils aux yeux bleus ?
Où es-tu allé, mon fils bien-aimé ?
J’ai trébuché sur la face embrumée de douze montagnes
J’ai marché et rampé sur six routes tortueuses
Je me suis plongé au cœur de sept sinistres forêts
Je me suis retrouvé sur les bords de douze mers mortes
J’ai erré dix mille lieues au sein d’un cimetière

Et c’est une terrible, c’est une terrible, c’est une terrible, et c’est une terrible
C’est une pluie terrible qui va tomber !

Oh mais qu’as-tu vu, mon fils aux yeux bleus ?
Qu’as-tu vu, mon fils bien-aimé ?
J’ai vu un nouveau-né, entouré de loups sauvages
J’ai vu une route déserte, pavée de diamants
J’ai vu du sang qui s’égouttait d’une branche noire
J’ai vu une salle, remplie d’hommes, un marteau sanguinolent à la main
J’ai vu une échelle blanche recouverte par l’eau
J’ai vu dix mille orateurs dont la langue était paralysée
J’ai vu des pistolets et des lames tranchantes dans des mains d’enfants

Et c’est une terrible, c’est une terrible, c’est une terrible, et c’est une terrible
C’est une pluie terrible qui va tomber !

Oh mais qu’as-tu entendu, mon fils aux yeux bleus ?
Qu’as-tu entendu, mon fils bien-aimé ?
J’ai entendu le grondement du tonnerre qui s’abattait comme un terrible avertissement,
J’ai entendu le déferlement d’une vague qui pouvait noyer la terre entière,
J’ai entendu cent tambours frapper de leurs mains flamboyantes,
J’ai entendu dix mille chuchotements que personne jamais n’entendait,
J’ai entendu les plaintes de l’affamé et des gens qui se riaient de lui,
J’ai entendu le chant du poète qui crevait dans le ruisseau,
J’ai entendu les gémissements d’un clown qui pleurait dans la rue,

Et c’est une terrible, c’est une terrible, c’est une terrible, et c’est une terrible
C’est une pluie terrible qui va tomber !

Oh mais qui as-tu rencontré, mon fils aux yeux bleus ?
Qui as-tu rencontré, mon fils bien-aimé ?
J’ai rencontré un jeune enfant, à coté d’un cheval mort,
J’ai rencontré un homme blanc qui promenait un chien noir,
J’ai rencontré une jeune femme dont le corps était en flamme,
J’ai rencontré une jeune fille qui m’offrit un arc en ciel,
J’ai rencontré un homme blessé par l’amour,
J’en ai rencontré un autre blessé par la haine,

Et c’est une terrible, c’est une terrible, c’est une terrible, et c’est une terrible
C’est une pluie terrible qui va tomber !

Et que vas-tu faire maintenant, mon fils aux yeux bleus ?
Que vas-tu faire maintenant, mon fils bien-aimé ?
Je vais retourner là bas avant que la pluie ne s’abatte,
Je vais marcher jusques aux profondeurs de la plus profonde des forêts sombres,
Là où les gens sont légions, et où leurs mains sont vides,
Là où des granulés de poison flottent sur les eaux,
Là où les maisons de la vallée se mêlent aux prisons humides et crasseuses,
Là où la face du bourreau est toujours soigneusement cachée,
Là où la faim est sordide et les âmes oubliées,
Là où Noir est la couleur et Nul, le nombre,
Et je le dirai, et j’en parlerai, et je le penserai et je le respirerai
Et j’en ferai rayonner la montagne, afin que chacun puisse voir,
Et je resterai sur l’océan jusqu’à ce que j’y disparaisse.
Mais je connais la chanson par cœur.

Et c’est une terrible, c’est une terrible, c’est une terrible, et c’est une terrible
C’est une pluie terrible qui va tomber !

[Traduction : Georges Ioannitis, revue et corrigée par Pierrick Tillet pour le refrain]

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.