Radio Partageux en Bretagne 2 : Les chants des hommes sont plus lourds d’espoir que les hommes

Radio Partageux en Bretagne 2 : Les chants des hommes sont plus lourds d’espoir que les hommes

En route pour notre deuxième randonnée musicale en Bretagne !

Émile Le Scanv (1931-1996), plus connu sous son pseudonyme Glenmor, est l’un des précurseurs de la renaissance musicale bretonne. L’un de ceux qui ont cessé d’avoir honte de leurs parents et honte de la langue de leur enfance. L’un de ceux qui, au lieu de se cacher, se sont carrément affichés sur scène.

Voilà encore un abominable oiseau confit dans la naphtaline identitaire qui a beaucoup traîné ses bottes hors de Bretagne. À Bruxelles Glenmor rencontre un gars d’une famille néerlandophone qui fait des chansons en français : dans « Le Moribond » Jacques Brel chante « Adieu l’Émile, je t’aimais bien, tu sais. » Jacques Brel fait semble-t-il ici référence à son copain Glenmor avec qui ils ont passé pas mal de nuits à enrichir les tavernes bruxelloises.

Tiens, aujourd’hui, c’est Patrick Ewen qui chante « De rêves et d’étoiles » de Glenmor et c’est de la belle ouvrage. Patrick Ewen, on en reparlera bien un jour ou l’autre, est le spécialiste des ballades musicales écossaises et irlandaises. Et puis il est aussi le spécialiste des balades touristiques dans les îles mouillées et frisquettes et ventées au nord de l’Écosse. De la randonnée pas trop confinée…

Gérard Delahaye, il y a bien des années, présentait sur scène « Camions » comme une parabole de la violence de la société. J’étais un jeune prolo et des camions, j’en ai chargé tellement à pleurer de fatigue, à pleurer de froid, à pleurer de chaleur que sa chanson, même avec ses petites imperfections de jeunesse, elle me parlait bien mieux qu’un long traité de sociologie et elle me parle toujours autant.

Melaine Favennec est connu pour avoir chanté de la poésie, je te recommande volontiers son « Trans-océan blues » comme son album consacré à Max Jacob. Et connu aussi pour être le premier violon du groupe Diaouled ar Menez qui a beaucoup fait danser les nuits bretonnes. Et connu aussi pour être l’ami de François Bourgeon, auteur de bande dessinée, qui a utilisé son image dans Les compagnons du crépuscule. Mais il est aussi auteur de chansons comme « Les trois cavaliers » qui deviennent traditionnelles dans l’esprit de certains qui les goûtent fort. « Anonyme du XXe siècle » comme aspirait à l’être Guy Béart…

On les a d’abord écouté séparément et voici nos trois vieux frères ensemble. Ewen, Delahaye et Favennec chantent À la guerre ! Je ne sais si Melaine Favennec, auteur de cette chanson à l’humour grinçant, connaissait le texte écologique et prophétique de Pier Paolo Pasolini sur la disparition des lucioles mais il ne pouvait connaître le livre Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce de Corinne Morel-Darleux, pas encore écrit, qui nous parle lui aussi des lucioles-vers luisants en citant Pasolini.

La politique, ce n’est qu’une affaire de choix. Tu peux décider de mettre l’argent public dans ce qui est utile pour assurer des jours heureux à tous. Ou bien tu peux décider de claquer chaque année quarante bons gros milliards bien joufflus pour donner aux militaires les jouets coûteux qui les amusent et nous effraient. Mais n’oublie jamais de dire que « les caisses sont vides » pour ne pas avoir à justifier ton choix. Et surtout répète toujours le refrain « pas d’argent magique tchic tchic tchic » chaque fois que tu refuses trois sous parce que tu claques des milliards bien gras par douzaines pour tes saloperies.

La politique, ce n’est qu’une affaire de choix. Macron fait le choix d’affamer les pauvres et les miséreux. Ces bouches inutiles. Le morceau de pain dans la main de l’orphelin est toujours trop gros. C’est en gros ce que nous dit un proverbe arabe. Ce que nous dit aussi la Bible dans le Livre de Job. Même les préfets, ces grands nigauds, craignent une explosion sociale dans les quartiers où l’on jeûne sévère. Macron fait le choix d’accorder 150 euros pour deux mois de chômage forcé. Et sept bons gros milliards bien gras pour Air France !

La politique, ce n’est qu’une affaire de choix. Le pouvoir tape sur les malheureux réfugiés qui ont fui les catastrophes. Le pouvoir trie les êtres humains et dit à certains qu’ils n’ont le droit d’être ni ici ni là.

À l’initiative du Comité de défense des sans-papiers du Trégor, fourbe et sinistre organisation communautariste confinée repliée sur son canton, on chante et danse à Lannion le samedi 23 novembre 2013 . « Car Liberté, Égalité, mais aussi Fraternité / Cela se dit, cela s’écrit, mais qu’est-ce donc que cela signifie ? / Mais qu’est-ce que cela signifie quand on ferme la porte / Porte fermée et bien fermée à quiconque vient frapper ? » Alors ça, c’est sûr, bien d’accord avec Nâzim Hikmet : « Rien ne m’a jamais rendu aussi heureux que les chants des hommes. »

Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.