“Un paysan contre Monsanto” de Paul François

“Un paysan contre Monsanto” de Paul François

Selon la FNSEA nous ferions de l’agri-bashing, c’est à dire du dénigrement des agriculteurs. Le mot est utilisé pour interdire la critique d’un modèle agricole pourtant dans l’impasse. Ce modèle réduit à la misère un gros paquet d’agriculteurs. Ce modèle fait un recours massif à une chimie dangereuse. Ce modèle est follement énergivore. Ce modèle stérilise les sols et transforme la campagne en désert vide d’oiseaux comme de toute vie sauvage.

C’est d’abord aux agriculteurs que je recommande vivement la lecture du récit d’un agriculteur. Dans Un paysan contre Monsanto”, Paul François, céréalier en Charente, raconte son intoxication au Lasso, un herbicide Monsanto, puis ses démêlés avec la MSA (la Sécu des agriculteurs), avec les médecins, avec la Justice et avec Monsanto.

« Monsanto est allé jusqu’à contester l’accident, mes comas, voire même mon utilisation du Lasso. Mon avocat s’en amuserait presque : “Si on suit Monsanto, on en vient à se demander si Paul François existe vraiment, s’il est vraiment agriculteur. Pour en être certain moi-même, je suis allé visiter son exploitation. Je vous rassure : il a bien des champs et un pulvérisateur pour les produits phytosanitaires dans son hangar”. »

Le cheminement intellectuel d’un agri-manager

Mais ce qui devrait passionner les agriculteurs, c’est la narration méthodique de la prise de conscience progressive de Paul François. Voilà le cheminement intellectuel d’un agri-manager qui cultive ses 240 hectares, qui est un modèle pour le productivisme, qui est cité en exemple par la MSA, qui suit comme un bon élève les conseils de ses deux fournisseurs de “phytos”.

« J’ai cru à l’agriculture intensive. J’ai cru à tout ce que nous serinaient ces firmes lors des banquets qu’elles organisaient à Ruffec. J’ai cru qu’elles étaient vraiment nos partenaires dans la modernité, qu’on bossait mieux grâce aux produits phytosanitaires et que ceux qui en doutaient préparaient un retour à l’âge de pierre. »

Paul François va devenir dans le monde agricole un porte-drapeau de la remise en cause des pesticides avec la création de l’association Phyto-victimes ! Voilà un brave gars qui semait son blé, bichonnait son maïs ou organisait la récolte de ses oignons et qui devient l’interlocuteur régulier de chercheurs scientifiques de haute volée ! Mais avant le passage au bio il y aura une période de transition.

« À partir de ma victoire à Angoulême, la presse s’intéresse à mon histoire. Grace à cette médiatisation et à mon engagement associatif, je suis invité dans de nombreux débats publics. À chaque fois, les questions fusent et je me trouve bien embêté de répondre : “J’en utilise moins qu’avant.” Aujourd’hui, je ne fais pas n’importe quoi. De toute façon, on ne peut pas faire autrement, il y a besoin de cette chimie. »

L’imaginaire du monde agricole

On lit dans “Un paysan contre Monsanto” l’état d’esprit et l’imaginaire du monde agricole. J’y retrouve jusqu’au vocabulaire et aux locutions qu’utilisait mon propre père ! J’ai beau être fils, frère et copain d’agriculteurs que je connais depuis que j’ai usé avec eux mes culottes d’écolier, j’ai beau être bien frotté de sociologie et savoir trousser le clavier, aurais-je pu écrire avec cette finesse ce long cheminement avec ses nuances, ses silences, ses arrêts et ses coups d’accélérateur ?

Paul François, incroyant au contraire de sa sœur, nous raconte comment il va abandonner progressivement les croyances agricoles dans le progrès technique, l’aveuglement devant l’utilisation de matières dangereuses, l’agriculture française chargée de nourrir le monde… Tout un fatras de croyances solidement chevillées dans les âmes par le milieu politique, syndical, technique et professionnel entourant l’agriculture.

« Je sors de mon sac une publicité parue dans la presse agricole sur laquelle on voit un enfant en train de manger une baguette de pain, penché sur un bidon de désherbant qui porte un nom similaire à celui d’une friandise bien connue. La preuve en image que le danger du produit est dissimulé ! »

Bien que Paul François adresse son récit à un large public, c’est le monde agricole qui sera touché au cœur. Agri-manager, c’est flatteur, c’est moderne, on a l’impression trompeuse d’être dans le sens de l’Histoire. Les technos aiment beaucoup employer ce mot. Et, oui, avant son accident, Paul François se sentait un peu agri-manager. Les agriculteurs liront comment il est devenu aujourd’hui un paysan bio féru d’agronomie.

Paul François nous écrit aussi – avant que le mot ne soit mis à la mode par la FNSEA – que l’agri-bashing n’existe pas. Tous ses amis comme lui victimes des pesticides, pardon des “produits phytosanitaires”, doivent avoir la liberté de témoigner.

« C’est pour les générations futures et aussi pour les malades disparus que nous sommes là aujourd’hui. Cette situation, conséquence de la volonté de produire toujours plus quel qu’en soit le prix, n’est plus acceptable. Il faut que la vérité soit dite et que nous soyons enfin reconnus comme des victimes et qu’on nous aide à ne plus dépendre demain de ces produits dangereux. »

=> Un paysan contre Monsanto, Paul François, Éditions Fayard, 19 euros.


Nous voulons des coquelicots !

Le vendredi 1er novembre à 18h30 devant TA mairie, il y a un rassemblement organisé par Nous voulons des coquelicots. S’il n’y en a pas, organise-le. Viens vêtu de sombre ou de noir. Des convois funéraires sont prévus. Nous allons conduire à sa dernière demeure le dernier papillon et le dernier hérisson. Nous aurons une pensée pour tous les agriculteurs cueillis dans la fleur de l’âge, les agriculteurs malades, les riverains et les consommateurs intoxiqués, les enfants nés sans bras. Et nous exigerons l’interdiction de tous les pesticides de synthèse.

Coquelicot d’honneur aux communes, elles sont déjà au moins 85, qui ont pris un arrêté d’interdiction de pesticides. Qui à moins de cent mètres et qui à moins de cent-cinquante mètres des habitations, qui sur tout le territoire de la commune, qui sur le glyphosate, qui autour des écoles. Un vrai beau merdier juridique qui finira par obliger la puissance publique à sortir de sa volonté de ne rien faire…


« Ils m’ont tapé sur la tête / Je ne me rappelle plus pourquoi. » Yves Montand chante “Casse-têtes” de Gébé.

Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.