Extinction Rebellion, Gilets jaunes et militants de gauche

Extinction Rebellion, Gilets jaunes et militants de gauche

Ça ne pouvait manquer ! À peine leurs premiers coups d’éclat réalisés en France (cf. l’occupation d’Italie 2 lors de l’acte 47 des GJ), le mouvement Extinction Rebellion (XR) tombe sous la critique virulente de certains militants de gauche.

Pensez, des fils de riches, même pas éborgnés par les « FDO » (forces de l’ordre), même pas chassés de leurs lieux d’occupation, que dis-je, dorlotés par les pandores qui les portent dans leurs bras, chouchoutés par un pouvoir qui les « manipule » et dont ils « font le jeu ».

Et qu’importe à nos donneurs de leçons de gauche si les Gilets jaunes furent eux-mêmes laissés peinards plusieurs semaines sur leurs ronds-points avant d’en être expulsés. Qu’importe si les GJ furent longtemps invités sur les plateaux des chaînes mainstream avant que ces dernières ne mesurent le danger que leurs sulfureux invités  représentaient pour leur classe et ne les bannissent de leurs émissions.

Les militants de gauche doivent prendre garde de ne pas rater les marches de l’Histoire, surtout celles des révolutions. Les voilà qui ostracisent les militants d’XR, tout comme ils ont snobé les GJ à leur début (des « suppôts du RN »), tout comme ils ont essayé d’incendier Greta Thundberg (« manipulée par Soros »). Les militants de gauche doivent surtout prendre garde à ne pas confondre ruminations et révolution.

On ne fait pas une révolution tout seul dans son coin

Non, l’intertitre ci-dessus ne s’adresse plus aux militants de gauche – que j’aime bien par ailleurs et parmi lesquels j’ai beaucoup d’amis – mais aux activistes d’Extinction Rebellion. J’ai ouï-dire que certains d’entre eux s’étaient formalisés d’avoir été rejoints par les GJ sur les lieux qu’ils occupaient (place du Chatelet, par exemple), du boxon que cela avait entraîné et de la réaction policière que cela avait déclenchée.

Les activistes d’XR se targuent d’être impeccablement structurés et organisés, non violents, “cleans” à tout point de vue : pas de drogue, pas d’alcool, bref, pas d’excitation artificielle hors celle de l’esprit. L’arrivée impromptue à leurs côtés des hordes un brin anarchiques de GJ ne pouvait que faire tâche et surtout énerver les forces de l’ordre présentes aux environs.

Mais les activistes d’XR doivent se faire une raison : aussi structurés et organisés soient-ils, ce n’est pas en restant tout seul dans leur coin déguisés en arbres morts à psalmodier des slogans mâtinés de poésie qu’ils amèneront à la raison des prédateurs comme les grandes places financières, les multinationales tentaculaires ou les pouvoirs politiques rongés par la corruption. Quant à leur non-violence, elle volera en éclat dès que leur mouvement apparaîtra suffisamment subversif au système pour que ce dernier fasse donner sans délicatesse ses robocops.

Une révolution, car c’est bien de cela dont il est urgemment question aujourd’hui, suppose le regroupement – et l’acceptation – de forces fort dissemblables, hétéroclites, souvent antagonistes dans le monde d’avant (oui, il y aura des électeurs d’extrême-droite, des cathos réacs parmi les émeutiers). Faute de prendre rapidement conscience de cette réalité débraillée, les activistes d’XR disparaîtront aussi prestement que feux Occupy Wall Street ou Nuits debout.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.