Géopolitique : un point sur les grands points chauds du moment

Géopolitique : un point sur les grands points chauds du moment

Les soubresauts géopolitiques n’en finissent pas de secouer la planète, et plus particulièrement un empire occidental en perdition. Deux points chauds se distinguent actuellement :

  • le Moyen-Orient avec tout dernièrement l’attaque turque contre l’enclave kurde du Rojava syrien ;
  • l’Amérique du Sud où les États-Unis sont à la peine pour conserver un pré carré très précaire et très contesté.

Syrie : une attaque turque prévisible ?

Résumons brièvement la situation syrienne actuelle, très bien détaillée par ailleurs sur le yetiblog par Le Grand jeu (voir par exemple son billet à paraître demain matin et déjà lisible ici), mais aussi par Robert Fisk dont nous traduisons certains articles ici.

Si la situation sur le terrain est assez complexe et incertaine, sa compréhension est somme toute assez simple :

  • les Kurdes du YPG [branche armée du Parti de l’union démocratique (PYD) syrien] ont tenté de profiter du conflit syrien pour faire valoir leur revendication d’une enclave kurde indépendante au Rojava syrien ;
  • Assad, aux côtés duquel ils combattaient contre l’EI, refusant obstinément la partition de la Syrie, fût-ce en faveur de ses alliés kurdes, les militants de l’YPG cédèrent aux sirènes de Washington qui, comme à son habitude, leur promit tout et n’importe quoi sans avoir ni l’intention, ni la capacité de tenir ses promesses (les USA se contentaient juste de se servir des Kurdes pour établir une base à leur armée) ;
  • Erdogan, refusant bien sûr lui aussi la création d’une entité kurde indépendante qui aurait menacé d’englober une partie du territoire kurde située en Turquie, profita du premier relâchement des USA pour lancer ses troupes à l’assaut du Rojava syrien ;
  • pendant que les Américains se paient de mots (la seule “richesse” politique qui leur reste), pendant que les Kurdes du YPG n’ont plus que leurs yeux pour pleurer une infortune qu’ils ont finalement plutôt cherchée, pendant qu’Erdogan joue une partie militaire très risquée pour lui en cas d’échec… Poutine mitonne un “accord du siècle” qui mettrait de l’ordre dans tout ce bourbier et donnerait un nouvel avantage décisif à la Russie.

On n’oubliera pas non plus, pour clore ce chapitre du Moyen-Orient, la déconfiture de notre “allié” saoudien au Yémen, l’impuissance des États-Unis à réduire la résistance iranienne, ou encore les coups d’épée dans l’eau d’Israël contre le Hezbollah libanais.

Amérique du sud : un coup d’arrêt à la reconquête par les USA de leur pré-carré ?

Hormis le caillou cubain dans la chaussure de l’oncle Sam (1959), l’Amérique latine fut longtemps le pré-carré exclusif de Washington. Mais la montée de la contestation populaire mit à mal cette hégémonie nord-américaine avec les victoires électorales de l’opposition dans divers pays jusqu’alors satellites de l’empire : le Venezuela de Chavez (1999) et Maduro (2013), le Brésil de Lula (2003) et Dilma Roussef (2011), la Bolivie d’Evo Morales (2006), l’Équateur de Rafael Correa (2007), l’Argentine de Cristina Kirchner (2007), l’Uruguay de José Mujica (2010).

La stratégie de Washington pour reconquérir ces terrains hautement stratégiques fut quadruple :

  • le retournement par victoire électorale : Macri en Argentine (2015) ;
  • les sanctions économiques étouffantes : le Venezuela de Maduro ;
  • la corruption de l’appareil judiciaire pour frapper d’impeachment des chefs d’État régulièrement élus ou en voie d’être réélus : Dilma Roussef et Lula au Brésil ;
  • La corruption d’hommes d’État élus sous un faux nez comme Morano en Équateur.

Cette quadruple stratégie est en train de prendre le bouillon :

  • l’Argentine de Macri est dans un état économique si calamiteux que le clan Kirchner apparaît favori pour les prochaines élections présidentielles et législatives du 27 octobre 2019 (malgré les vaines tentatives des juges pour écarter sa figure de proue) ;
  • la Cour constitutionnelle brésilienne vient de mettre à jour la corruption du juge Moro chargé de neutraliser Lula pour laisser la voie libre au bouffon Bolsonaro en janvier 2019 ;
  • une révolte populaire de grande ampleur menace le président équatorien Moreno (qui lui aussi fit donner sa “Justice” pour anéantir un retour éventuel de Correa) ;
  • le vénézuélien Maduro résiste toujours aux sanctions US et la “reconnaissance” du pantin Guaido comme président par intérim tourne au mauvais vaudeville, ridiculisant ses initiateurs américains et européens ;
  • cerise acide sur le gâteau avarié US, le Mexique vient de tomber dans l’escarcelle des mutins avec l’élection d’Andrés Manuel López Obrador à la présidence en juillet 2018.

Face à cet inexorable déclin d’un empire occidental dont ils sont pourtant partie prenante – et dépendante – les Européens apparaissent comme totalement incapables de peser sur ces évènements considérables qui affecteront pourtant à coup sûr le destin de leurs propres populations. Faut-il préciser que la France de Macron, emportée dans sa course folle vers le néant politique, apparaît désormais à la pointe de la débandade européenne ?

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.