Sans un soulèvement populaire contre la caste, nous serons tous morts

Sans un soulèvement populaire contre la caste, nous serons tous morts

Dans un dernier billet intitulé “Peur contre peur” et publié ce matin sur le site Les Crises, le journaliste américain Chris Hedges dit tout haut ce que le yetiblog écrit, tout haut lui aussi, à longueur de chroniques : sans un rapide soulèvement populaire contre la caste des prédateurs, nous serons tous morts !

Chris Hedges traite spécifiquement de la problématique soulevé par la prochaine présidentielle US. Mais il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que la même question se pose pour notre propre environnement politique français, de même que celui de bien d’autre nations de par le monde.

Les anciennes règles de la politique ne s’appliquent plus. Le seul langage que comprennent Donald Trump et sa coterie d’escrocs, de milliardaires, de généraux, d’inadaptés et de chrétiens fascistes – et un parti démocrate qui nous a vendus – est la peur. Hurler au sujet des mensonges et du racisme de Trump n’a pas d’importance. Hurler au sujet de son népotisme et sa corruption n’a pas d’importance. Hurler au sujet de son administration criminelle n’a pas d’importance. Hurler au sujet de son incompétence et son idiotie ne compte pas. Hurler au sujet de la soumission abjecte des élites dirigeantes au pouvoir des entreprises ne compte pas. Trump et ses opposants du Parti démocrate sont immunisés contre la persuasion morale. Plus nous nous engageons dans ce théâtre kabuki vide de sens avec ses débordements bizarres et prévisibles, habituellement proférés par Trump, et ses réponses outragées et prévisibles, habituellement proférées par les démocrates, plus nous sommes certains de la paralysie du gouvernement et de la tyrannie des entreprises. Les radotages et les invectives qui passent pour du discours politique sont une roue de hamster géante qui ne va nulle part. Ils masquent les causes profondes de notre déclin politique et économique et divisent la population en camps belligérants qui communiquent de plus en plus par la violence, ce qui explique pourquoi les États-Unis ont subi cette année plus de 30 massacres d’au moins trois morts chacun.

Nous ne nous sauverons qu’en dressant le pouvoir contre le pouvoir. Et puisque nos deux principaux partis politiques obéissent servilement au pouvoir des entreprises et montrent peu de différences essentielles sur presque tous les problèmes majeurs, de l’impérialisme au capitalisme sans entraves, nous devons partir de zéro. Les personnalités politiques, y compris celles de gauche comme Alexandria Ocasio-Cortez, Bernie Sanders, Ilhan Omar et Elizabeth Warren, sont des distractions. Ils n’ont aucun pouvoir au sein du parti démocrate, comme nous le rappelle souvent Nancy Pelosi. Ils servent à réduire la politique à des querelles personnelles, menue monnaie de la vaste émission de télé-réalité perpétrée à des fins lucratives par les médias privés. Les va-et-vient quotidiens de ces personnalités détournent notre attention de la consolidation rapide de la richesse et du pouvoir par les élites dirigeantes, de la dégradation de l’écosystème en une friche toxique et de l’éradication des libertés et droits fondamentaux. Le système politique américain n’est pas récupérable. Il sera renversé lors d’un soulèvement de masse – dont nous avons vu récemment une version à Porto Rico – ou bien de vastes étendues du globe deviendront inhabitables et les riches se nourriront comme des goules de la misère humaine croissante. Ce sont les deux options difficiles. Et il nous reste très peu de temps.

« En sortant du système, y compris dans nos habitudes de vote, nous commencerons à effrayer les élites dirigeantes. Le changement vient de la pression. Mais si nous n’acceptons pas de devenir des hors-caste, cette pression ne se produira jamais » (Chris Hedges)

Aux États-Unis comme en France, nous nous rendons bien compte que nous nous trouvons à la croisée de chemins forts incertains, enlisés dans une interminable période de transition, exaspérante et de plus en plus périlleuse. Passant en revue une longue liste d’enquêtes d’opinion, Chris Hedges montre que la majorité de la population américaine a désormais conscience de l’impasse politique dans laquelle elle est engagée, ni des graves dangers qui menacent sa survie. On retrouve les mêmes résultats dans les enquêtes d’opinion françaises et internationales. Les réactions sont partagées entre un repli identitaire fondé sur la peur et les tentatives de s’affranchir de cette terreur, de ce qui la motive et de ceux qui en sont responsables.

Un véritable populisme et le socialisme du New Deal constituent le seul espoir de contrecarrer la montée des mouvements néofascistes. Toutefois, cela ne sera jamais permis par la hiérarchie du Parti démocrate, dirigée par des personnalités telles que Pelosi, Joe Biden et Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, qui savent pertinemment qu’ils perdraient instantanément leur pouvoir sans l’appui de centaines de millions de dollars venus des entreprises. Eux et leurs commanditaires bloqueront toute réforme, même si cela signifie quatre années supplémentaires de Trump et l’extinction de la démocratie. La seule chose qu’ils leur reste à nous vendre, c’est la peur, la peur de Trump et des Russes. Alors que Trump vend la peur des immigrés, des musulmans, des gens de couleur et de ceux qu’il qualifie de socialistes. C’est un régime toxique.

Mais la prise conscience populaire de la tragédie en cours, les révoltes qui grossissent aux quatre coins du monde – du mouvement “Extinction Rebellion” dix jours durant à Londres en avril dernier à celui des Gilets jaunes français depuis onze mois – buttent sur l’absence de débouchés politiques, du moins dans le cadre d’institutions politiques verrouillées par les prédateurs et leur clique médiatique. La seule chance de survie de l’humanité, écrit Chris Hedges, passe par une prise de conscience de cette impasse et par un authentique soulèvement des populations contre ceux qui les mènent à l’enfer.

Éteignez les images électroniques. Ignorez les médias burlesques. Les émissions politiques sans fin, qui transforment les campagnes présidentielles en marathons insensés pendant deux ans, sont du divertissement. Ne faites confiance à personne au pouvoir. Nous nous sauverons en organisant des mouvements de masse pour renverser le pouvoir des grandes sociétés. Je ne suis pas certain que nous réussirons. Mais je suis certain que si nous échouons, nous sommes condamnés.

=> Lire le texte intégral de Chris Hedges sur le site Les Crises (traduction : les lecteurs des Crises).
=> Lire le texte original US de Chris Hedges dans Truthdig.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.