21% des Français ont du mal à se nourrir selon le Secours populaire

21% des Français ont du mal à se nourrir selon le Secours populaire

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
(Apollinaire)

L’automne, c’est aussi la Saint-Bidon

Tu déconnes ? Tu ne connais pas la Saint-Bidon ? C’est l’arrivée dans les magasins des gros bidons de “combustible liquide pour appareils de chauffage mobiles”. Le début de la trop longue saison difficile pour tous ceux qui vivent sans chauffage. Quand il fait trop froid, quand le logement est trop humide, quand les enfants sont trop malades, on allume un peu ce chauffage de fortune. Combien d’intoxications, d’incendies, de morts ?

Combien de personnes vivent dans la « précarité énergétique » ou la « vulnérabilité énergétique » comme dit le langage techno ? Onze millions et demi selon la dernière grande enquête de l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) qui date de… 2006. Mais en 2018 ce même  ONPE affirme que « près d’un tiers de la population déclare ne pas se chauffer correctement en hiver. » Sais-tu ce qu’est une enfance pourrie par les engelures ? Les nouvelles engelures sur les engelures anciennes font de profondes crevasses très douloureuses.

L’automne, c’est aussi l’ouverture des Restos du cœur

« Sur 50 000 consultations, on a 98% de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. […] Une grande majorité de personnes que l’on voit aux centres de santé sont en insécurité alimentaire. C’est à dire qu’ils ne savent pas forcément ce qu’ils vont manger le jour même, qu’ils n’ont pas forcément une alimentation équilibrée et ça frappe aussi les enfants. »

C’est le docteur Jean-François Corty de Médecins du Monde qui causait en 2015.

« 21% des Français ont du mal à se nourrir » nous dit le Secours populaire dans un rapport de 2018. Vingt-et-un pour cent ! Plus de treize millions de personnes ! Te souviens-tu de Jacques Prévert ? Il écrivait pour le groupe Octobre : « Il est terrible le petit bruit de l’œuf dur sur le comptoir d’étain. Il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l’homme qui a faim. » Sais-tu qu’un enfant sur dix vit dans la pauvreté ?

L’automne, c’est aussi la gôgôche

C’est la saison où les généraux de la gôgôche glyphosate arrêtent leurs décisions pour les municipales. Leur choix est simple, très simple. Offrir un boulevard à la droite, aux libéraux et aux fachos. Ou bien penser d’abord, avant toute autre considération, aux plus pauvres.

Mais, quand toi, le petit général sans troupes, tu regardes avec les lunettes du « religieux » ou du « culturel », c’est mal parti, tu ne vois ni la paupérisation ni l’insécurité sociale grandissantes… Car tu jettes un voile pudique, un « foulard islamique », sur la réalité. En priant tout de même publiquement le ciel, en toute laïcité bien sûr, que ça ne te pète pas à la gueule, tous ces millions de gueux qui ont froid, qui ont faim, qui voient leurs gosses pleurer, qui serrent les poings dans les poches. Et qui ont une fâcheuse tendance à se révolter, sous toutes les latitudes comme chez toi.


« Sache que ta meilleure amie / Prolétaire, c’est la chimie. » En 1892 un anarchiste facétieux fabrique une bombe qui, tripotée sans précaution par des pandores, leur pète à la gueule, ventile la viande hachée et démolit le commissariat de la rue des Bons-Enfants à Paris. En 1974 Jacques Marchais chante « La rue des Bons-Enfants », texte de Guy Debord.

Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.