Réseaux sociaux : la fascination morbide des sujets pour leurs maîtres

Réseaux sociaux : la fascination morbide des sujets pour leurs maîtres

Moix par ci, BHL par là, saillies de Souchon à gauche, conneries de Macron ou de Castaner à droite, les réseaux sociaux commencent à me les briser menues !

Le pouvoir a intimé à ses médias l’ordre de ne plus évoquer ce qui concerne les Gilets jaunes. On ne peut pas en dire autant du camp d’en face : ce matin, mon fil Twitter – composé en principe des posts de mes “amis” – est une nouvelle fois inondée de références aux dernières saillies des Yann Moix, BHL, Bruno Le Maire, ou encore le chanteur Souchon pour son ode à Macron…

Oh bien sûr, ces interventions se veulent critiques, ironiques, insultantes, assassines. Moyennant quoi elles ne font surtout que répandre un peu plus les paroles, actes et gestes de ceux qu’elles prétendent pourfendre, dénotant pour ceux-là l’étrange et morbide fascination des sujets pour leurs maîtres.

Il est grand temps de tuer les maîtres que nous portons en nous

Les réseaux sociaux remplissent aujourd’hui les fonctions qu’occupaient jadis les charivaris et le carnaval : des rituels de décompression populaire pendant lesquels le menu peuple avait le droit de singer, de moquer, de conspuer et même de frapper les symboles de ses oppresseurs. Mais passé le cadre strictement délimité (par les maîtres) de ces périodes de défoulements autorisés, tout revenait dans l’ordre.

La haine de l’esclave ou du sujet pour leurs maîtres n’empêche pas leur soumission à l’ordre établi. Ce n’est que lorsqu’ils s’affranchissent de toutes leurs chaînes – physiques, territoriales et surtout mentales – que l’esclave ou le sujet deviennent libres. Dans son Homme révolté, Albert Camus stigmatisait le « révolté métaphysique », anti-tout par posture, dont le seul et unique but n’est pas de faire valoir un monde nouveau, mais de détruire – symboliquement ! – celui qu’il dit exécrer.

Les “révoltés métaphysiques” qui sévissent jusqu’à l’overdose sur les réseaux sociaux témoignent surtout d’une intoxication maladive au monde d’avant, même s’ils s’en défendent. Leurs indignations sont stériles, leur luttes vaines et convenues. Franchement, les “amis”, on s’en fout des dernières saillies commises par les Moix, BHL, Le Maire, Souchon, Macron ou Castaner. On le sait que ce sont des cons et des salauds. Il est grand temps de tuer les maîtres que nous portons en nous.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.