Une lutte de classes : écologie radicale contre écologie du compromis

Une lutte de classes : écologie radicale contre écologie du compromis

Quelle stratégie écologique choisir : l’écologie du “renoncement” individuel et du compromis, ou l’écologie radicale du démantèlement ?

En clair :

  • l’écologie Biocoop, du nom d’une grande surface dans laquelle les premiers font leurs courses, tout en essayant de diminuer leur consommation de viande, de limiter leurs déplacements en avion ou de refourguer leur véhicule diesel contre un électrique, qui multiplient les manifestations pro-climat en imaginant pouvoir ramener les dirigeants politiques à la raison… et qui stigmatisent tous ceux qui n’adoptent pas leur comportement vertueux ;
  • l’écologie radicale de la ZAD ou des ronds-points, ou encore celle de ceux qui s’en prennent sans façon aux permanences des salopards ayant voté des traités iniques comme le CETA, qui veulent résolument s’attaquer aux racines du désastre écologique et en détruire le responsable : la société capitaliste.

Dans un billet de blog intitulé Nous ne renoncerons à rien, le groupe Désobéissance écolo Paris stigmatise l’écologie du renoncement qui « ressemble un peu trop à de la résignation ». Les prêcheurs écologiques qui enjoignent de consommer durable rappellent fâcheusement les moralisateurs religieux distribuant des bons points d’empreinte carbone individuelle comme on donnait jadis des cartes d’accès au paradis ou à l’enfer, mais perpétuant les structures sociales, économiques et politiques qui détruisent la planète, prônant la « conversion aux saintes écriture du GIEC », mais permettant aux plus nantis d’« acheter des indulgences sous la forme de compensation carbone » tout en culpabilisant ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir ce luxe.

« Que peuvent quelques écolos qui arrêtent de prendre l’avion contre des investissements de plusieurs milliards dans les énergies fossiles, qui doivent être rentabilisés sous peine de crise économique mondiale ? »

Car c’est bien de cela dont il s’agit : d’une lutte des classes. Ne renoncent que ceux qui ont les moyens de renoncer. La composition sociale de ceux qui se pressent aux caisses des supermarchés écologiques témoignent que ces clients-là n’ont guère de problème de découverts bancaires dès le 10 de chaque mois. On ne croise guère non plus dans les travées des supermarchés bio les zadistes qui empêchèrent par leur détermination la construction de nouveaux aéroports ou de barrages inutiles.

Mais on aurait tort d’opposer les deux camps en irréductibles ennemis. Après tout, être nantis n’est pas un défaut, surtout quand ceux qui les critiquent rêvent, à juste titre, de l’être un peu à leur tour. En réalité, les deux stratégies se complèteraient parfaitement… si elles ne posaient pas en farouches opposantes. Comme le note un récent article de Reporterre, Compromis ou radicalité, les mentalités commencent heureusement à évoluer vers plus de radicalité, y compris au sein de milieux aisés, pressés par l’urgence climatique et environnementale, désespérés par l’hypocrisie des pouvoirs politiques face à ce problème pourtant vital.

Une chose est claire : la stratégie du renoncement individuel est insuffisante à enrayer la tragédie écologique et climatique en cours. Les solutions seront draconiennes ou ne seront pas. On ne limitera pas la pollution au diesel à coups de taxes carbone mais en cessant de produire des véhicules polluants. On ne limitera pas la souffrance animale en consommant moins de viandes, mais en démantelant les fermes-usines d’abattage. On ne limitera pas le transport aérien en renonçant à quelques voyages en avion, mais en interdisant la construction de nouveaux aéroports ou en limitant de manière autoritaire le volume de vols autorisés. On ne résoudra pas la question écologique en implorant la bonne volonté de dirigeants politiques corrompus, mais en les chassant et en les remplaçant.

=> Lire : Nous ne renoncerons à rien, par Désobéissance écolo Paris
=> Lire : Compromis ou radicalité, le mouvement écolo cherche sa stratégie, sur Reporterre

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.