Mort de Steve : le témoignage accablant d’Alexandre Cervantes

Mort de Steve : le témoignage accablant d’Alexandre Cervantes

Cette interview d’un jeune tombé dans la Loire dans la nuit de la Fête de la musique à Nantes le 22 juin au matin est parue initialement dans Presse Océan le 3 août.

=> Note technique : à l’heure de la chute collective des jeunes teufeurs nantais, entre 4 et 5 heures du matin, la marée était basse (BM : 4h40) et la Loire s’apprêtait, ou commençait, à remonter son cours ; courant contraire non négligeable (coeff : 61) ; il n’est donc pas surprenant que le corps de Steve ait été retrouvé en amont du point de chute.


Alexandre Cervantes [photo], 24 ans, a pris part à la soirée techno la nuit de la Fête de la musique à Nantes. Et il est tombé dans la Loire.

Il prévient d’emblée : il déteste le discours “anti-flics”. « Quand j’ai un problème, je suis bien content de les trouver. » Mais il a décidé de parler au grand jour « pour la famille de Steve, et pour Steve ».

Alexandre Cervantes, 24 ans, a pris part à la soirée techno la nuit de la Fête de la musique à Nantes. Et il est tombé dans la Loire. « Pas parce que j’étais ivre, prévient-il. Mais à cause du nuage de gaz lacrymogène et du mouvement de panique qui a suivi. Car oui, contrairement à ce qu’écrit l’IGPN dans son rapport, il y a eu panique et l’intervention des policiers a été totalement disproportionnée. Ce rapport me révolte, ils essaient de cacher la vérité, de se couvrir… »

Jusqu’à 4 heures du matin, affirme-t-il, « l’ambiance était bon enfant. Les policiers sont arrivés pour demander au sound system du bunker de couper le son. La personne qui mixait s’est exécutée. Les policiers sont repartis. Franchement, on n’a jamais connu de Fête de la musique qui s’arrêtait à 4 heures du matin. Alors on a crié aux gars du multison de remettre la musique et on a hué les policiers pour rigoler. Les teufeurs qui étaient devant moi n’ont pas lancé de projectiles. Sur les côtés, peut-être, mais j’ai rien vu. Ce que je sais, c’est qu’en un éclair et sans prévenir, la lacrymo est arrivée. Perso, je ne fais pas de manif, alors je n’avais jamais pris de gaz lacrymo dans les yeux. J’ai voulu m’éloigner au plus vite, ça criait partout, j’ai marché à la dérive, je ne savais plus où j’étais. J’ai trébuché sur deux personnes à terre qui suffoquaient. Je ne voyais rien, j’ai aperçu une chaussure qui traçait devant moi, je lui ai emboîté le pas. Et soudain, ça a été le vide. Pendant ma chute, je me suis dit : “Où est-ce que je vais ?” J’avais peur de tomber sur des rochers, de m’empaler sur une poutre ou je ne sais quoi. Dans l’eau, avec le choc, je me suis luxé l’épaule. Il y avait vachement de courant, j’étais à 1 mètre, 1,50 m du quai. Je me suis dit que j’étais foutu. Le gars qui était tombé avant moi a attrapé une corde, je lui ai dit : “j’ai mal à l’épaule, je ne peux plus nager.” Et il m’a ramené par le col jusqu’à lui. »

« Il manque une personne à l’appel »

Le naufragé pense être resté une vingtaine de minutes dans l’eau. Dans le bateau des secours, précise-t-il, un homme a crié : « Il manque une personne à l’appel. On était cinq dans l’eau, et on n’est plus que quatre. Il y a un homme qui est en train de se noyer. » La Loire opaque et la nuit ont empêché de retrouver la personne disparue. « On ne sait pas s’il s’agissait de Steve, si la personne a été repêchée. Mais tous les jours, je repense à cette soirée. »

Alexandre Cervantes, chauffeur poids lourd, est actuellement en arrêt. Il a porté plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui et violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique, ainsi que non-assistance à personne en danger.

=> Source : Presse Océan (photo Presse-Océan)

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.