Les bénéfices d’une sortie de l’euro selon Jacques Sapir

Intéressante étude de Jacques Sapir sur les mérites et inconvénients d’une sortie de l’euro. Il ressort de son texte court mais dense que les avantages d’un retour aux monnaies nationales primeraient largement sur les risques que les eurolâtres déchaînés montent en mayonnaise pour affoler la foule (des électeurs).

L’enterrement de quelques idées reçues

Jacques Sapir tord d’abord le cou à quelques grossières idées reçues :

  • non, ni l’Union européenne, ni la zone euro ne peuvent prétendre représenter toute l’Europe à elles seules ;
  • non, ni l’une ni l’autre n’ont été des « forces de paix » sur le vieux continent, mais << cause de conflit en précipitant hier la désintégration de l’ex-Yougoslavie et la guerre civile qui en a résulté >> (on pourrait rajouter l’exemple tout frais de la dissolution de l’Ukraine par des putschistes « pro-euro ») ;
  • enfin, plutôt que de faciliter la coopération entre les pays membres, UE et zone euro ont surtout figé leurs relations entre ce, favorisé la contagion de la crise financière de 2008 et ouvert toutes grandes les vannes du chômage de masse.

Les trois avantages d’un retour à une monnaie nationale

Sortir de l’UE et de sa monnaie unique implique naturellement un retour à des monnaies nationales. Jacques Sapir en a mesuré précisément les trois avantages :

  • une dévaluation de fait d’environ 20 % du Franc entraînerait ce « choc de compétitivité » si recherché et bénéficierait à la croissance, même en cas de dévaluation plus importantes des monnaies espagnoles et italiennes ;
  • l’effet bénéfique immédiat sur les recettes fiscales diminuerait fortement le poids de la dette ;
  • l’impact bénéfique de la reprise sur l’emploi serait également et rapidement conséquent.

Ne pas surévaluer les inconvénients d’une dévaluation

Jacques Sapir ne néglige pas les inconvénients résultants d’une sortie de l’Euro et d’une forte dépréciation du Franc. Inconvénients << qu’il ne faut cependant pas s’exagérer >>. Sapir en répertorie quatre :

  • la hausse du prix des carburants, résultant d’une dépréciation de 20 % du Franc, n’excéderait pas 6 % ;
  • la perte des détenteurs étrangers d’obligations françaises seraient en partie compensée par la hausse des taux d’intérêts ; il n’y aurait aucun changement pour les détenteurs français de cette dette puisque celle-ci est essentiellement détenue par des banques françaises ;
  • l’inflation due à la dévaluation serait limitée à 5 % la première année, 3 % la suivante ;
  • enfin, le risque politique concernerait surtout les pays membres qui prendraient trop tard et en marche le train du retour inévitable aux monnaies nationales.

Une analyse pertinente et philosophiquement satisfaisante

On pourrait reprocher à Jacques Sapir de fonder son analyse un peu trop exclusivement sur les credos du monde d’avant : la reprise, la croissance, la compétitivité, le mythe du retour à l’emploi. Mais tant qu’à faire de rester dans une certaine logique économique, le choix de Sapir paraît infiniment plus sain que les hérésies malsaines imposées par la Troïka.

On pourrait trouver un brin excessif son recours systématique à une modélisation mathématique qui ne prend guère en compte l’impondérable des réactions humaines.

Les grotesques études, catastrophistes à l’extrême, comme celles de l’Institut Montaigne, brandissant leurs épouvantails dans le seul but, idéologique, de discréditer toute remise en cause des vieilles structures finissantes, montrent que l’oligarchie dominante est absolument prête à tout, même au pire, pour préserver ses intérêts et son pouvoir.

Il n’en demeure pas moins que les conclusions de Jacques Sapir restent bien plus pertinentes — et philosophiquement bien plus satisfaisantes — que les cris d’orfraies pathétiques poussés par les tenants d’un monde révolu et d’un ordre détestable.

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