Le discours du coq, les singeries du poulailler et les premières fraises de Plougastel

Oh, quel navrant mardi que ce 8 avril ! Quelle comédie de nos gouvernants et de nos « élus du peuple » ! Que de simagrées, que de faux-fuyants et de vraies fuites en marche-arrière ! Étonnez-vous après que le « peuple » sidéré les mette tous dans le même panier (devraient faire gaffe que la guillotine ne revienne pas au-dessus).

Il y eut d’abord le discours du nouveau Premier ministre dans un chahut de basse-cour. Passons sur les annonces. J’ai pas le courage de les répertorier. Du Blair ou du Schroeder imbuvable. Des trucs qui se fracassent la figure depuis sept ans de malheur. Et qu’on vous remâche à défaut.

Mais le pire, je crois, ce fut cette conclusion patriotarde en diable. Ces trémolos de série B dans une voix au bord de sanglots surjoués. Le lecteur passionné d’histoire n’aura pas manqué de remarquer que l’hymne au génie français n’est jamais chanté si fort que quand celui-ci fait cruellement défaut.

Les Verts par la porte, par la fenêtre

En tout cas, ce n’était certainement pas dans l’hémicycle qu’on risquait de le trouver, ce jour-là, notre glorieux esprit fin des Lumières. Oh, ce « vote de confiance » ! Je ne parle pas de celui de la droite officielle, forcément convenu. Mais de celui de ceux qui affichent une couleur un tant soit peu verte, ou rosâtre, ou allez, tiens, même rouge très pâle.

Les Verts, justement, parlons-en. Deux d’entre eux sortent par la porte (de l’ex-gouvernement), et en voilà au moins 10 sur 17 qui rentrent dans la confiance par la fenêtre du poulailler parlementaire.

Mais la confiance en quoi ? En le pacte de responsabilité ? En les réductions de charges des entreprises pour créer des emplois ? Amusez-vous à leur poser ces questions en détail entre quatre yeux pour rigoler. Je serais eux, je ferais voter les militants d’EELV pour voir s’ils partagent la même confiante conviction, pour vérifier s’ils sont en accord avec leurs chers représentants.

Seules sont rouges les fraises de Plougastel

Passons à la cinquantaine de « socialistes frondeurs », qui, la veille, avaient haussé le ton retenez-nous-ou-on-fait-un-malheur. Ils n’étaient plus que 11 à s’abstenir le lendemain. Les trente-neuf autres peuvent-ils nous dire ce qu’il y avait de nouveau, dans le « contrat de majorité » proposé par le Premier ministre, pour les faire rentrer aussi fidèlement dans le rang ?

Bon, au moins, reste le Front de la vraie gauche, me direz-vous. Z’ont tous voté contre en chœur, au moins, ceux-là.

Sauf que… Oui, sauf que le même mardi, ceux-là nous ont annoncé leur accord pour confectionner ensemble une liste commune pour les prochaines élections européennes. Parti de gauche et PCF de nouveau rabibochés après la brouille des municipales. Mais rabibochés en quoi ?

<< Rompre et refonder l’Europe >>, proclame le site du PG. Mais rompre en quoi, on ne le saura pas (ho les gars, rompez donc avec l’euro pour voir les bobines de la place du Colonel Fabien). Par contre, ce qu’on saura, c’est la répartition scrupuleuse des places entre les différentes composantes pour d’éventuels postes aussi juteux qu’inutiles à Strasbourg.

Allez, consolons-nous, il y a au moins les premières fraises de Plougastel à être vraiment rouges sur les marchés. Aller aux fraises est plus réconfortant que de fréquenter les isoloirs par les temps qui courent.

 

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