Ukraine : pour Alain de Benoist, la fin de la guerre froide n’a jamais eu lieu

Passionnante analyse de l’essayiste Alain de Benoist — dingue, on peut être de droite et intelligent ! — sur la crise ukrainienne et ses prolongations internationales. La fin de la guerre froide, explique-t-il en substance, n’a jamais eu lieu… et c’est tant mieux !

Enfin, le « tant mieux » est de mon crû, mais il résume bien, je pense, le raisonnement d’ADB :

<< Ce qui est essentiel pour moi est le rapport de forces existant à l’échelle mondiale entre les partisans d’un monde multipolaire, dont je fais partie, et ceux qui souhaitent ou acceptent un monde unipolaire soumis à l’idéologie dominante que représente le capitalisme libéral. >>

Or, ce n’est pas cette pauvre Union européenne, soumise, déliquescente, sans pouvoir ni volonté, méprisée même par son mentor américain, qui risque de faire pendant aux appétits hégémoniques de l’oncle Sam et de son bras armé, l’Otan.

L’Otan, d’ailleurs, écrit ADB, aurait dû logiquement disparaître après la chute du mur de Berlin et de l’empire soviétique. Il n’en a bien sûr rien été. Pire, la promesse, faite au moment de la réunion des deux Allemagne, de ne pas étendre son emprise sur les anciens pays dits de l’Est n’a même pas été respectée.

<< L’Otan, qui aurait dû disparaître en même temps que le Pacte du Varsovie, a non seulement été maintenu, mais il s’est étendu à la Pologne, à la Slovaquie, à la Hongrie, à la Roumanie, à la Bulgarie, à la Lituanie, à la Lettonie et à l’Estonie, c’est-à-dire jusqu’aux frontières de la Russie. >>

La Russie comme seule opposition crédible aux visées hégémoniques de l’Otan

Or voilà qu’en récupérant ouvertement la fronde de la place Maïdan, le maître américain tentait tout bonnement de couper la route de la Russie aux <« mers chaudes » du sud. Et les médias occidentaux de jouer les ingénus idiots en laissant penser que la Russie allait se laisser isoler sans broncher au nom du respect d’une constitution ukrainienne qui n’existait plus de facto.

ADB sacrifie aux incontournables rituels de convenances : non, il n’éprouve << aucune sympathie >> pour le président ukrainien déchu, non, il n’est << pas un inconditionnel >> de Poutine.

Mais aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence, rajoute-t-il : quoiqu’on pense de son régime et de ses dirigeants, la Russie demeure le seul obstacle vraiment crédible à une insupportable hégémonie américaine planétaire.

Et si Poutine est un personnage sujet à caution, il n’en est pas moins aussi, aux yeux d’ADB, << un grand homme d’État, très supérieur à ses homologues européens et américains >>. Un pragmatique rompu aux arts martiaux plus qu’un idéologue nostalgique.

Ne reste donc aux États-unis qu’à brandir la menace de sanctions économiques dont le seul effet jusqu’à présent est d’avoir fait rigoler le << nouveau tsar kagébiste >>. Et aux Européens qu’à continuer de se ridiculiser en feignant l’indignation vertueuse des défenseurs de « Droits de l’homme » (financés par le Qatar et l’Arabie saoudite).

Les allumettes qui brûlent autour de la mèche

On aurait pourtant tort de céder à l’hilarité en écoutant les péroraisons grotesques des Fabius et consorts d’outre-Atlantique, tant sont nombreuses les allumettes qui brûlent autour de la mèche. Alain de Benoist :

<< L’avenir reste pour l’heure aussi incertain qu’inquiétant. L’affaire ukrainienne n’est pas finie, ne serait-ce que parce qu’on ne sait pas encore qui représente exactement le nouveau pouvoir ukrainien. >>

Le moindre débordement local — on sent par leurs déclarations enflammées que l’envie d’en découdre démange bien des putschistes ultranationalistes de Kiev — peut encore mettre le feu aux poudres.

<< Dans l’immédiat, le risque le plus grand est celui d’un pourrissement de la situation à Kiev, accompagné d’une série d’initiatives irresponsables (création de milices, etc.) et d’incidents isolés qui dégénéreraient en montée aux extrêmes.

Ni l’Europe [trop impliquée économiquement avec Moscou selon ADB, ndlr] ni la Russie (qui va maintenant renforcer son alliance militaire avec la Chine) n’y ont intérêt. De l’autre côté de l’Atlantique, en revanche, les partisans de la guerre ne manquent pas. >>

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