Crimée : humiliée par Poutine, l’Otan va-t-elle précipiter la guerre ?

Après la Lybie, la Syrie, sans oublier les fiascos afghans et irakiens, l’Otan vient de se prendre un nouveau camouflet cinglant avec cette affaire de Crimée menée de mains de maître par ce filou de Poutine. Or le problème avec les empires humiliés, c’est souvent la fuite en avant guerrière.

Certains sont persuadés de cette issue dramatique, comme Paul Craig Roberts, ancien vice-ministre des finances de Ronald Reagan, tourné gauchiste avec l’âge :

<< Cela fait longtemps que les nazis néoconservateurs de Washington s’agitent en vue d’une guerre contre la Russie. Ils veulent supprimer l’une des trois restrictions restantes (la Russie, l’Iran et la Chine) à l’hégémonie mondiale de Washington. >>

L’Otan a perdu la face et la Crimée

D’autres fins observateurs n’y croient pas une seconde. C’est le cas de Robert Fisk, envoyé spécial de The Independent sur à peu près tous les fronts brûlants :

<< Les dirigeants occidentaux n’ont pas les moyens de faire face à une guerre “imminente”. Donc, je suppose qu’ils vont se bricoler de vagues justificatifs — et laisser la Russie avaler un morceau de l’Ukraine. >>

Mais tous les deux sont bien d’accord. Les << médias gigolos occidentaux >>  peuvent bien vociférer, dit Paul Craig Roberts, dans cette lamentable affaire, l’Otan a non seulement perdu la face, mais aussi cette Crimée qu’elle voulait ravir à la Russie.

Elle a même permis, rajoute Robert Fisk, au Syrien al-Assad de redorer son blason en félicitant Poutine d’avoir, par son référendum, sauvé… la démocratie ukrainienne (car bien sûr, quoiqu’n hurlent les << médias prostitués occidentaux >>, il ne fait nulle doute qu’il y a bien une très large majorité de la population en Crimée favorable au rattachement à la mère Russie).

À la merci d’une étincelle allumée par des dingues

De fait, les piètres sanctions sorties en représailles par les États-Unis et leurs comparses européens — le blocage des avoirs et l’interdiction de séjour d’une vingtaine de VIP russes et ukrainiens, quelle farce ! — donnent raison au goguenard journaliste britannique.

Plus vaches encore, les places boursières semblent n’avoir plus d’yeux et d’oreilles que pour Poutine, ses faits et gestes ou ses déclarations. En témoignent leur rebond une fois constatés la volonté d’apaisement du nouveau tsar… et le ridicule assez risible des réactions de ses adversaires de l’Otan. 

Sauver la face militairement, c’est bien beau, mais ça ne fait guère gagner de sous, du moins à court-terme. Et chacun sait que le court-termisme forcené est depuis longtemps la pièce-maîtresse de la finance mondialisée, n’en déplaise à Obama et à son amour-propre de maître du monde décontenancé.

Voilà donc la planète tiraillée entre le court-termisme des grigous et la folie suicidaire qui menace tout empire chancelant. Pour l’heure, c’est le premier qui paraît encore devoir l’emporter. Mais gaffe, la moindre étincelle — une fuite en avant des dingues maladroitement mis en place à Kiev avec l’aide de l’Otan, par exemple — et tout peut dramatiquement s’enflammer.

Bref, le choix entre la vénalité ou la folie. Une chose est sûre, la problématique de notre monde est aujourd’hui des plus claires : le danger réel de la guerre. Avec pour seule alternative possible un effondrement plus ou moins pépère du système dominant, à la soviétique. C’en est bien fini en tout cas de la tranquillité d’esprit des pacifistes bonhommes.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.