Effondrement : le ministre Blanquer contraint de saborder le baccalauréat

Effondrement : le ministre Blanquer contraint de saborder le baccalauréat

L’effondrement d’une société se mesure à la disparition de ce qui faisait sa cohérence. Pièce maîtresse du système éducatif, le baccalauréat vient d’être envoyé par le fond par Jean-Michel Blanquer [photo].

Excédés par les réformes menées en dépit du bon sens par leur ministre de l’Éducation, des enseignants en colère avaient décidé de faire la rétention des copies du bac qu’ils avaient à corriger. À la veille de l’annonce officielle des résultats de cette épreuve-reine, des dizaines de milliers de copies manquaient encore pour que les jurys puissent officialiser ces résultats.

Qu’à cela ne tienne, en toute illégalité, faisant fi de tous les principes qui veulent que les citoyens (donc les candidats bacheliers) soient traités de manière strictement identique par la fonction publique, le ministre donna unilatéralement instruction de substituer les notes des contrôles continus menés tout au long de l’année scolaire pour les candidats bacheliers dont les copies corrigées manquaient. Mais comme une bonne partie de ces notes manquaient aussi du fait de carnets non remplis par des profs grévistes, ordre fut donné d’inventer des notes « en cohérence avec les autres notes déjà obtenues » :

La victoire des profs réfractaires

Autant dire que l’épreuve sanction n’a strictement plus aucun sens si tant est qu’elle en eut encore après des années de dénaturation continuelle. Mais bon, on pouvait encore faire semblant d’y croire. Après les manigances ministérielles de cette année, difficile de se payer d’illusion : le bac est mort !

Il y eut pourtant un précédent : en Mai 68 où, dans une France secouée par les émeutiers, le gouvernement décida d’accorder le bac à tous les candidats ou presque. Mais la France d’il y a cinquante et un ans n’est plus du tout la même que celle d’aujourd’hui. Les institutions d’alors y furent certes bousculées, mais elles étaient solides. Même contesté, son chef d’État – De Gaulle – gardait une réputation et une autorité intactes, y compris auprès des soixante-huitards les plus enfiévrés d’alors.

Aujourd’hui, c’est tout le système qui part à vau-l’eau. Et la contestation achève de le détruire. L’action paie. En sept mois de lutte, les Gilets jaunes ont réussi à pulvériser l’image et l’autorité des imposteurs qui nous servent de président et de ministres. La réputation de la police et de la justice a volé en éclats sous l’effet de leurs innombrables dérapages. Les urgentistes ont mis à nu la situation catastrophique de la santé publique du pays. Voilà donc qu’est désormais sabordée, par son propre ministre, la pièce maîtresse de notre système éducatif. Ce suicide ministériel marque la victoire des profs réfractaires contre le système Blanquer.

Mais qui s’en plaindra ? Le monde capitaliste dans lequel nous survivons est en état de décomposition avancée. Ses leaders ne sont plus que des fantoches dévalués, doublés de salopards à neutraliser. Nous avons souvent dit sur ce yetiblog que l’avènement d’un nouveau monde passait par l’effondrement total et complet de l’ordre ancien. La chute du bastion de notre éducation nationale, après celle de tant d’autres citadelles vermoulues du système, ne peut que réjouir ceux qui gardent l’espoir en un monde meilleur.

Quant aux lycéens bafoués, ils auraient tort de se formaliser de ce sabordage ministériel. Car à quoi leur sert-il encore, ce bac, sinon à les conduire vers des situations de plus en plus précaires et des existences sans avenir ?

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.