Le Grand jeu : brouille et brouillage

Le Grand jeu : brouille et brouillage

Après que l’envoyé russe au sommet de Jérusalem ait renvoyé Washington et Tell Aviv dans les cordes concernant l’Iran, des accusations avaient paru dans la presse israélienne faisant état de brouillages systématiques de la part de l’ours. Peut-être pas tout à fait à tort…

On sait que l’OTAN avait déjà pleurniché en novembre de l’année dernière, lorsque sa petite fiesta scandinave avait été sérieusement perturbée par le brouillage, forcément intentionnel, du GPS de ses appareils. L’Alliance atlantique en est encore toute retournée. Si on ne peut plus organiser de grandes manœuvres militaires aux portes de la Russie, où va-t-on, ma bonne dame ? On savait aussi que les false flags d’avril avaient vu un flop retentissant de la petite démonstration américaine, la plupart des missiles tirés sur la Syrie étant descendus ou brouillés. Le couac français a même poussé Paris à s’équiper en urgence et à installer des récepteurs plus fiables sur ses navires. Pas sûr que ça change grand chose, tant l’avance russe en matière de guerre électronique est connue de tous, particulièrement des États-uniens qui en bavent de rage et tentent aux aussi de trouver la parade.

« Là où Poutine passe, les GPS trépassent« , titre joliment un magazine. À ses moments perdus, l’ours s’amuse régulièrement à brouiller ou à usurper, selon son humeur, les signaux GPS. Les deux ne doivent en effet pas être confondus. Le brouillage consiste simplement à envoyer un puissant signal radio qui empêche les signaux des satellites d’atteindre les appareils destinataires, fermant de facto la zone à la navigation par GPS. L’usurpation est bien plus subtile et vise à envoyer carrément de faux signaux, transmettant des coordonnées de géolocalisation incorrectes.

La franche longueur d’avance des Russes

Ces dernières années, les incidents d’usurpation se sont multipliés autour de la Crimée, spécialement près du fameux détroit de Kertch, théâtre d’une provocation ukrainienne il y a sept mois afin de torpiller le sommet entre le Donald et Vladimirovitch. Des dizaines de navires de la zone ont vu leur système de navigation indiquer des lieux farfelus.

On comprend dans ces conditions que Tel Aviv et le CentCom, tout occupés à leur croisade hystérique contre l’Iran, soient quelque peu troublés par l’irruption électronique russe au Moyen-orient. Il se murmure d’ailleurs que le récent bombardement israélien sur la Syrie a profité de l’ouverture du ciel par les Russes pour permettre une étonnante frappe US sur Al Qaeda à Idlib (la première en deux ans !) Les deux événements ont eu lieu le même jour, à savoir le 30 juin. Washington ayant, comme chacun sait, la furieuse habitude de bichonner les barbus de l’Idlibistan plutôt que de les fesser, on peut même se demander si cette mascarade n’a pas été un simple prétexte pour aider le petit ami israélien dans le ciel syrien.

Toujours est-il que les Russes entendent conserver une franche longueur d’avance dans la guerre électronique. Ils viennent de tester une nouvelle méthode de brouillage en combinant trois systèmes différents qui avaient déjà fait leurs preuves. Quand les inévitables récriminations otanesques se feront entendre, vous en connaitrez la raison…

=> Source : Le Grand jeu (intertitre : Pierrick Tillet)

L'observateur des soubresauts géopolitiques mondiaux, au Moyen-Orient et ailleurs.