Carhaix contre Quimper : Mélenchon a raison et tort à la fois

Bonnets et beaux nez
Bonnets rouges (Quimper) contre beaux nez rouges (Carhaix)

Donc, le samedi 2 novembre, les Bretons ont manifesté leur colère dans deux villes différentes : Quimper et Carhaix. Attention, ne pas mélanger serviettes et torchons, avait prévenu Jean-Luc Mélenchon : à Carhaix les « vrais » manifestants, à Quimper << les esclaves >> au secours de leurs maîtres.

Et d’enfoncer méchamment le clou :

<< Encouragé par la timidité et la pleutrerie du gouvernement qui leur cède tout, le patronat et les cléricaux des départements bretons vont faire manifester les nigauds pour défendre leur droit de transporter à bas coût des cochons d’un bout à l’autre de l’Europe dans des conditions honteuses. >>

Peut-on donner tort au leader du Parti de gauche ? Pas vraiment à en lire certains comptes rendus : << Je suis allé à Quimper, j’ai cru que c’était la « Manif pour tous ». >>

Quand l’opposant et l’aspirant dirigeant s’opposent

Bon, faut dire, le Medef, la FNSEA et quelques faux-culs UMP sacrément gonflés d’un côté (Quimper), les syndicats et les partis de la « vraie » gauche (hors NPA) de l’autre (Carhaix), il n’y avait guère photo pour les uns, comme sans doute pour les autres.

En tant qu’opposant acharné au néolibéralisme, Jean-Luc Mélenchon avait donc bien raison de trier son linge. Mais en tant qu’aspirant dirigeant du pays, c’est peut-être une autre paire de draps. Surtout si l’on considère la forme très brutale qu’il y a mise.

Qualifier d’<< esclaves >> consentants, de << nigauds >>, une bonne partie de ceux que l’on prétend diriger à l’avenir n’est peut-être pas le meilleur moyen d’attirer autour de soi ces majorités d’en bas que l’on convoite. Encore moins de poser les premiers jalons d’un consensus national face à la déferlante de la crise.

S’inspirer de Mandela

Car enfin, gouverner un pays, c’est tout de même s’arranger avec toutes les composantes de la société civile, quoi qu’on pense de chacune. Passe encore qu’on envoie se faire voir la frange la plus indécrottable de la meute (<< qu’ils s’en aillent tous ! >>). Mais de là à renvoyer balader à peu près la moitié de la population…

Car à Quimper, comme le souligne très bien Mediapart, l’ambiguïté tenait surtout à l’extrême hétérogénéité des participants : Medef, FNSEA, UMP faux-culs, éclaireurs FN, d’accord. Mais aussi des gens déracinés, des salariés sur le carreau, des chômeurs en plein désarroi, des petits patrons de PME étranglés…

C’est aussi à Quimper qu’on entendit une syndicaliste, Nadine Hourmant (FO Doux), s’en prendre aux « salaires de misère » donnés par des patrons « s’enrichissant des subventions européennes ». Sous les huées, car le peuple censé la soutenir était à Carhaix quand la population défilait à Quimper.

Pas seulement des << esclaves >>, ni des << nigauds >>, M. Mélenchon ! Peut-être est-il enfin temps que vous vous inspiriez de la façon dont un Nelson Mandela reconstruisit en son temps le tissu social d’un pays autrement déchiré.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.