L’écotaxe, un fiasco politique pour un ratage écologique

Écotaxe, fiscalité à 75 %, affaire Leonarda, même combat : l’équipe de François Hollande n’en finit pas de se dissoudre et de se ridiculiser. Le fiasco politique qui paralyse notre pays est désormais patent, offrant un nouveau prolongement à la crise financière et économique qui, quoiqu’on en dise, continue de sévir.

Les commentateurs soulignent volontiers le gâchis écologique entrainé par la « suspension » de l’écotaxe. C’est à mon avis très abusif. L’écotaxe avait tout d’une taxe et pas grand-chose d’écologique.

Un impact politique dérisoire

La vérité est qu’elle allait permettre tout juste d’amasser quelques menus millions pour boucher des trous de plus en plus béants dans les caisses de l’État. Avec un impact écologique dérisoire, sinon nul, pour des raisons évidentes :

  • premiers touchés, les transporteurs n’auraient pas manqué de reporter leur manque à gagner sur les producteurs ;

  • les produits primeurs français se seraient retrouvés absurdement plus taxés que des légumes importés de l’étranger après avoir voyagé des milliers de kilomètres sans aucun égard pour notre couche d’ozone ;

  • le renouvellement du parc de véhicules des pollueurs et la modification des habitudes de transport n’en auraient guère été affectés.

Une conception faux-cul de la fiscalité

L’impasse de l’écotaxe comme de beaucoup d’autres mesures similaires provient d’une conception assez faux-cul de la fiscalité. Quand donc admettra-t-on qu’on ne corrige pas les conneries déjà commises par des sanctions fiscales en aval, mais par des dépenses (investissements) effectuées préventivement en amont.

L’impôt sur le revenu n’a jamais véritablement empêché l’inégalité grandissante des revenus. Les radars n’ont réduit qu’à la marge l’incivilité routière. Et les personnes âgées n’ont guère vu la couleur du produit de la vieille vignette automobile qui leur était en principe promis.

C’est la limitation autoritaire de l’échelle des revenus qui corrige les inégalités. C’est en bridant les moteurs qu’on a des chances de réduire la vitesse sur route.

De même, dans le cas présent, des crédits d’impôts accordés aux transporteurs renouvelant leur parc automobile auraient été incontestablement plus efficaces qu’une sanction par portiques interposés.

L’impasse politique

C’est l’ambiguïté de ces mesures fiscales hypocrites qui attise les braises des révoltes corporatistes et des actes d’incivilités. C’est le manque criant de volonté politique qui conduit à ces mesures ambiguës dissimulant leurs véritables intentions.

Il aurait l’air malin, le trou de la Sécu, si les transporteurs routiers avaient pris le gouvernement au mot en renouvelant intégralement et immédiatement leur parc de camions polluants.

Mais comment attendre une quelconque volonté politique d’une équipe socialiste au pouvoir en plein naufrage ? Comment attendre un sursaut de l’alternance d’une droite en pleine décomposition ? Qu’espérer d’une gauche de la gauche qui peine à convaincre comme on le voit au fil de chaque élection intermédiaire ? Quant à la régression lepéniste, elle est à la mesure du désarroi populaire.

L’impasse politique se double aujourd’hui d’un dangereux vide, tout aussi politique. La lamentable affaire de l’écotaxe n’en est qu’un désolant symptôme.

Info

Les dessous de l’écotaxe : quand Benetton et Goldman Sachs collectent l’impôt français (Bastamag)

Selon le site Bastamag, un consortium emmené par Benetton, Goldman Sachs, Thalès et SFR devait empocher 20% des recettes de l’écotaxe pour assurer son recouvrement.

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