Les communistes parisiens ouvrent un grand boulevard au Front national

Jean-Luc Mélenchon ne s’y est pas trompé. L’impact de l’alliance parisienne avec le Parti socialiste pour les prochaines municipales, votée avec 170 petites voix d’écart par les militants communistes locaux, dépasse largement le seul cadre de la capitale. Et ébranle la stratégie nationale du Front de gauche.

Dans un billet de blog intitulé << la tête dans la cendre >>, le leader du Parti de gauche écrit :

<< Sur le plan national, la situation est beaucoup plus compliquée. La perte de visibilité est terrible pour nous. Elle aide l’extrême droite à se présenter comme la seule alternative au système. >>

Cocufiage

Entre un plan de carrière (13 places négociées au Conseil de Paris et une au Sénat — celle de Pierre Laurent, secrétaire national actuel du PCF) et un enracinement du Front de gauche comme force alternative crédible à un pouvoir socialiste discrédité dans l’opinion, les dirigeants communistes ont choisi.

Ian Brossat, le jeune leader communiste parisien, a beau tenter d’apaiser les tensions en qualifiant l’accord avec Anne Hidalgo de simple << union libre >> locale sans conséquence nationale, Jean-Luc Mélenchon y voit plutôt, sinon un piètre mariage de raison, du moins une belle entreprise de cocufiage irresponsable.

Et qui risque de se payer comptant au second tour, menace le leader du Parti de gauche. Les dirigeants du vieil appareil communiste ont un peu oublié, prévient-il, que les électeurs d’aujourd’hui sont beaucoup plus rétifs aux mariages d’étiquettes qu’un quarteron de militants (on a appris au passage qu’ils n’étaient plus que 1197, le nombre de votants, à Paris).

Une course contre la montre

De fait, la marge de manœuvre de Jean-Luc Mélenchon s’est considérablement réduite. Les listes autonomes FDG, très nombreuses dans les autres grandes villes, risquent fort de pâtir de la trahison parisienne. Les cocus suscitent toujours plus le dédain que le respect.

Et les nombreuses alliances concluent en province par le FDG avec les écologistes d’Europe écologie/les Verts pourraient bien se révéler à double-tranchant en rajoutant à la confusion à gauche de l’échiquier politique.

Routier éprouvé (dans les deux sens du terme) de la scène, Jean-Luc Mélenchon fourbit ses dernières armes : gagner la course des alliances contre la montre.

<< La clef de la situation est le grand nombre. Celui-là décide et ce n’est pas toujours comme prévu par les gros malins. >>

Mais pour l’heure, dans la salle de ce spectacle boulevardier, Marine Le Pen, morte de rire, peut applaudir le vaudeville communiste parisien à tout rompre.

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