Blocage social et politique : de la violence émeutière à la lutte armée ?

Blocage social et politique : de la violence émeutière à la lutte armée ?

Dans le contexte de la crise sociale et politique que traverse le pays, un fait nouveau d’une exceptionnelle gravité est apparu le lundi 17 juin à 9h30  : l’attentat au LBD 40 contre la présidente de la Cour d’Assises de Versailles, Magali Tabareau.

Étrangement, la réaction des autorités face à cette agression est restée somme toute assez étouffée. Indignation proclamée, certes, promesse convenue de châtiment contre les coupables, ouverture d’une enquête contre X pour « tentative d’homicide » (étonnant qu’une arme – le LBD 40 – devienne une arme pour homicide quand elle se retourne contre ceux qui la qualifiait de « non-létale » en la faisant utiliser des dizaines de fois par des dizaines de policiers contre des dizaines de Gilets jaunes).

Mais finalement assez peu de retentissements, en regard de la gravité des faits, en unes des médias du microcosme. C’est que ceux-ci savent bien que ce genre de faits pourrait bien marquer une évolution très grave de la crise sociale et politique en cours. Le choix très symbolique de l’arme et celui de la victime ne laissent guère de doutes sur la signification et la portée d’un tel geste.

Une victime très emblématique

Qui est Magali Tabareau, la victime ? Laurent-Frank Liénard, avocat, décrit le parcours très emblématique de ce magistrat  :

« Magali Tabareau, c’est aussi cette juge qui avait condamné à 7 ans de prison un dealer présumé, Mohamed Fodil, sur la base de faux en écritures, encourageant ainsi une pratique courante chez les policiers consistant à se couvrir en produisant des procès verbaux mensongers.

Magali Tabareau est aussi cette magistrate qui, lorsqu’elle était juge d’instruction dans l’affaire de la mort de Lakhamy et Moushin en 2007 à Villiers le Bel, avait prononcé en 2009 un non-lieu en faveur des policiers impliqués, dont le conducteur du véhicule de police qui avait renversé la moto sur laquelle se trouvaient les deux jeunes, Franck Viallet.

Enfin, Magali Tabareau est cette juge qui, comme pour jeter de l’huile sur le feu, avait renvoyé cinq jeunes de Villiers le Bel devant la Cour d’Assises en 2010 sur la base de témoignages anonymes, les accusant d’avoir organisé les émeutes qui ont suivi le meurtre de Lakhamy et Moushin. Parmi ces accusés, les frères Kamara avaient été finalement condamnés à 12 et 15 ans de prison ferme. »

À la violence d’État et aux situations de blocage total, finit souvent par répondre la lutte armée

La situation de crise sociale et politique est aujourd’hui dans une impasse totale. Aucune réponse du pouvoir aux revendications des Gilets jaunes, sinon celle d’une violence policière et judiciaire inouïe. La violence d’État s’est même libérée de tout tabou à travers l’expression sans frein de quelques-uns de ses plus fervents partisans. On se souvient de la déclaration de Luc Ferry appelant les policiers à « se servir de leurs armes » contre les Gilets jaunes. On notera dans les tablettes de la poudrière sur le point d’exploser la dernière déclaration du journaliste Christophe Barbier à propos des dernières mesures gouvernementales contre les chômeurs :

« Ce n’est pas assez violent, tout simplement. »

Ces personnages irresponsables l’ont peut-être oublié, mais face à la violence d’État et aux situations de blocage insupportables, finit souvent par répondre la lutte armée. Le premier acte de la Résistance française commença par l’assassinat de l’aspirant allemand, Alfons Moser, tué le 21 août 1941 au métro Barbès par un certain colonel Fabien. C’est par l’appel à la lutte armée que Nelson Mandela débloqua la situation d’apartheid en Afrique du sud.

Avec cet attentat contre une juge emblématique du système, il se pourrait bien que la crise dite des Gilets jaunes – même si rien ne dit en l’état que ceux-ci sont à l’origine de l’attaque – soit en train de passer de la violence émeutière spontanée des débuts (somme toute assez inoffensive) aux premiers actes significatifs d’une lutte armée. Beaucoup plus difficile à maîtriser par les appareils policiers et judiciaires d’un régime désavoué.

=> Illustration : Magali Tabareau (dessin d’audience : Michel Fily)

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.