France : une ligne de fracture politique et morale consommée

Faut-il encore faire un dessin pour que chacun constate le niveau d’ignominie et de ridicule dans lequel note pays a sombré ? Faut-il douloureusement rappeler qu’il y a un peu plus d’un an, une majorité de citoyens croyait avoir utilement voté pour échapper à la honte sarkozyste ?

On sentait bien que notre hexagone filait un sacré mauvais coton. Mais ces derniers temps ont été une sorte d’apothéose en matière de déliquescence politique et morale.

Déliquescences en série

  • Un président grotesque jouant les matamores de série B à la tribune de l’Onu après s’être humilié tout seul, lui et hélas tout son pays, dans la lamentable affaire de la “punition” syrienne ;

  • un ministre de l’intérieur prononçant un discours odieux sur une malheureuse minorité tête de turc, et dont aucun point Godwin ne suffira à masquer les sinistres analogies historiques ;

  • et jusqu’à cette “miraculeuse” inversion de la courbe du chômage en août dont un ministre du travail au nom prédestiné ne parvient même plus à dissimuler qu’elle est due à 277 000 radiations (<< inexplicables >>, dit-il) de Pôle emploi ; +40 % en un mois… ce qui veut dire qu’il y  avait déjà 200 000 malheureux à être privés de leurs ultimes droits le mois précédent, et presque autant chaque mois d’avant !

Le feu autour de chez nous

Mais pas besoin de recourir aux statistiques pour constater l’état désastreux du pays, sans que nos politiques éperdus de confusion n’y puissent rien. Il suffit de regarder autour de soi pour s’en persuader :

  • des collectivités publiques exsangues et incapables de faire face à leurs obligations (voulez-vous que je vous donne l’exemple de ce neveu à moi, polyhandicapé, qui ne touche plus depuis des mois les aides qui lui étaient accordées ?) ;

  • des fermetures d’entreprises à tour de bras…

Apprendre à affronter la tempête qui vient

Plus de pilotes dans le bateau ivre, sauf que celui-ci ne court plus à la catastrophe, il y est ! Ne reste plus que de morbides dégâts collatéraux pour ressentir le fond où nous sommes aujourd’hui tombés. Même plus besoin d’une glauque Marine Le Pen et de sa triste troupe d’avocat en quête de tribune, d’ex-reporter sans frontières et de comique en déshérence pour parachever la lugubre débâcle collective.

Car il n’y aura probablement aucune solution politique à cette descente aux enfers. Surtout pas avec les pâlichonnes élections municipales et européennes organisées l’an prochain pour nous donner encore une pauvre illusion de survie démocratique.

Dennis Meadows qui, avec ses collègues de l’Institut de technologie du Massasuchetts (MIT), avait minutieusement décrit dans un rapport de 1972 l’effondrement actuel, disait dans une interview l’an passé que les êtres humains étaient incapables de solutionner eux-mêmes leurs problèmes, qu’il fallait catastrophes et calamités pour les obliger à réagir.

Nous y sommes. Le seul acte politique qui nous reste à accomplir désormais est d’apprendre à affronter la tempête qui vient. Gageons que les vaillants seront comme d’habitude une minorité. Mais rappelons-nous aussi que c’est dans ces périodes de troubles que sont conquises les plus grandes avancées sociales.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.