Gaz sarin : accusations de l’ex-otage belge, réserves de son compagnon italien

Dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 septembre, deux otages retenus par les rebelles syriens depuis le 10 avril dernier, le journaliste italien Domenico Quirico et l’enseignant belge Pierre Piccinin, recouvraient la liberté et atterrissaient dans leurs pays respectifs.

Très vite, leurs premières déclarations allaient semer le trouble sur les accusations formulées par les États-Unis et la France concernant la responsabilité du régime syrien dans l’utilisation du gaz sarin à Damas le 21 août.

<< Ce n’est pas Bachar el-Assad qui a utilisé le gaz sarin >>

Dans une interview accordée à la radio RTL, Pierre Piccinin, arrêté par l’Armée syrienne libre (ASL), mais remis par celle-ci aux mains des jihadistes de la brigade Abou Ammar, se montre catégorique :

<< C’est un devoir moral de le dire. Ce n’est pas le gouvernement de Bachar el-Assad qui a utilisé le gaz sarin ou autre gaz de combat dans la banlieue de Damas. Nous en sommes certains suite à une conversation que nous avons surprise. >>


Interview de Pierre Piccinin, 9 septembre, RTL

Cette information capitale, Pierre Piccinin prétend dans la même interview la développer et l’étayer en collaboration avec son compagnon d’infortune italien dès que celui-ci s’estimera en état de le faire dans son journal La Stampa.

<< Aucune idée de la fiabilité ou de l’identité des personnes qui parlaient >>

Dans l’après-midi, tout en s’estimant << trahi >> par la révolution syrienne, Domenico Quirico se montrait beaucoup plus circonspect, mais confirmait la réalité de la conversation privée surprise par les deux hommes :

<< À travers une porte entrouverte, nous avons écouté une conversation en anglais via Skype entre trois personnes dont je ne connais pas les noms. L’un deux s’était présenté à nous comme un général de l’Armée syrienne libre. Un deuxième, avec lui, était une personne que je n’avais vue. Du troisième, via Skype, nous ne savons rien. >>

Prudent, le journaliste italien reconnaît qu’il n’avait << aucune idée de la fiabilité ou de l’identité des personnes qui parlaient >>, mais que ceux-ci présentaient bien les rebelles comme auteurs de l’attaque pour pousser les Occidentaux à intervenir.

Chaos et propagande de guerre

Devant un dossier aussi explosif, une réserve déontologique est de mise. Attendons que nos deux hommes se remettent de leur très pénible aventure et que leurs premières déclarations soient dûment complétées, précisées, contre-argumentées. Une seule certitude les réunit pour l’heure : en fait de guerre de libération, c’est bien le chaos qui s’installe en Syrie.

On eut aimé que nos chers médias microcosmiques se montrent aussi précautionneux et professionnels que Domenico Quirico. Mais ils firent à leur méchante habitude : discréditer l’auteur dont les propos ne leur convenaient pas plutôt que vérifier sérieusement ses affirmations.

C’est ainsi que certains présentèrent précipitamment et sans l’ombre d’un solide argument Pierre Piccinin comme un personnage à la << réputation floue >> (Libération), << controversé >> et << ancien partisan du régime de Damas >> (Le Monde).

Qu’importe si rien ne vient accréditer ces insinuations, ni sur le blog de Pierre Piccinin, ni dans ses diverses interventions passées, ni dans son parcours (il fut arrêté et torturé par le régime syrien en juin 2012). En fait d’information, c’est bien la propagande (de guerre) qui reprend le dessus.

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