Cahuzac, DSK, Jalabert : comment éviter l’overdose d’écœurement ?

Que retenir de ces derniers jours ? Un Cahuzac choisissant avec arrogance les questions de ses ex-pairs députés auxquelles il daignerait ne pas répondre ? DSK faisant une leçon de morale financière aux sénateurs ? Ou la fin d’épopée d’un Jalabert, ex-sprinter un peu bourrin qui se mit soudain à avaler des montagnes et pas mal d’autres troubles substances sans que personne, ni lui-même n’y trouve alors à redire ?

Je ne sais ce qu’il adviendra de ces caricatures d’un monde en pleine dilution. À vrai dire, ça n’a plus guère d’importance. Ce qui est préoccupant ici, c’est l’état de santé des spectateurs qui assistent au grand-guignol donné par tous ces pitoyables acteurs (l’observateur éclairé sait bien que la distribution de la pièce ne se réduit pas à cet affligeant trio et ne se limite ni au politique, ni au sport).

La croisée des chemins

Une overdose d’écœurement guette le public. Va-t-il à l’instar de ses représentants parlementaires rester coi et médusé devant le catéchisme surréaliste admonesté par ses héros déchus ? Ou parvenir à s’en désintoxiquer avant de sombrer à son tour dans la honte ?

Va-t-il oublier les simagrées d’ex champions en suivant d’un regard éteint le morne départ du prochain Tour de France ? Ou, soudain réveillé, descendre discuter sur une nouvelle place Taksim.

Va-t-il se rebiffer en ressortant les antiques guillotines ? Se recroqueviller dans une régression mortifère autour de quelques vieilles valeurs moisies brandies par une sinistre épigone de Jeanne d’Arc ? Se répandre en cris de haine et railleries stériles qui sont la marque de l’impuissance et de l’aigreur soumise ? Ou trouver enfin la lumière qui lui fait défaut ?

La lumière, où est la lumière?

Nous aurions tort de vouer aujourd’hui aux gémonies ceux que nous avons adulés. Car nous portons tous notre part de responsabilité dans ce désastre. Nous avons tous participé, activement ou par excès de passivité, à l’écriture du scénario.

Nous avons habillé d’improbables décors une réalité beaucoup moins flamboyante que nos inextinguibles ambitions ne le prétendaient. Et voilà que cette façade de carton pâte s’effondre sous nos yeux. Nos élites sont dissolues. Nos champions, de malheureux junkies. Et nous ?

Tout là-bas, dans une chambre perdue d’un hôpital de Pretoria, une lumière s’éteint doucement que personne aujourd’hui ne remplace encore. Gageons que, grands ou anonymes, nous pleurerons une fois de plus tous ensemble, à grand renfort de larmes de crocodiles, l’enterrement de nos illusions perdues.

Écrire l’Encyclopédie du XXIe siècle

Ho mais dis donc, chroniqueur sentencieux, crois-tu que tu vas t’en tirer aussi facilement ? N’as-tu pas toi aussi aboyé plus souvent qu’à ton tour au fil de tes libelles incendiaires ? Aboyer pour ou aboyer contre, c’est toujours aboyer. Ça ne fait guère avancer la caravane.

Euh, hum, j’avoue, passereau ravageur, que telle la cigale, je me sens fort dépourvu en ces temps de bise malvenue. Mais tu as raison, il nous faut tracer un nouveau chemin, avançons.

Un d’entre nous propose justement d’écrire l’Encyclopédie du XXIe siècle. Il est grand temps de s’y mettre, en effet. Se débarrasser une bonne fois pour toutes des oripeaux du vieux monde finissant et écrire notre futur plutôt que de gémir sur ce qui devrait déjà être un passé. Chacun son article, son paragraphe, sa petite phrase, son mot. Un boulot de fourmi.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.