Gilets jaunes : derniers tours de piste… avant inévitable radicalisation

Gilets jaunes : derniers tours de piste… avant inévitable radicalisation

Après six mois d’actes hebdomadaires qui ont permis aux Gilets jaunes d’enraciner leur mouvement dans l’histoire du pays, on peut d’ores et déjà prévoir que la seconde étape sera celle, inévitable, de la radicalisation.

30 actes pour enraciner le mouvement des Gilets jaunes

Les 30 premières semaines de manifestations hebdomadaires des Gilets jaunes ont permis :

  • de faire émerger et d’enraciner ce mouvement auprès d’une opinion publique plutôt bienveillante ;
  • de le faire murir de la simple contestation sociale aux revendications politiques : le RIC ;
  • de déstabiliser, de ridiculiser et de décrédibiliser profondément le pouvoir en place : le Grand débat, sommet du ridicule et de l’impuissance ;
  • mais aussi de constater que rien, absolument rien n’est à espérer du côté du pouvoir (ni d’ailleurs d’une opposition déconfite : la France insoumise en premier lieu).

Beaucoup aujourd’hui, qui pour s’en réjouir, qui pour s’en désoler, notent un épuisement du mouvement au fil de ces derniers samedis. Ils ont tort. Le mouvement des Gilets jaunes est juste parvenu au terme de la première étape de son histoire : l’enracinement.

Les raisons du passage inévitable à la radicalisation

Plusieurs raisons laissent à penser que le mouvement des Gilets jaunes ne peut désormais plus s’éteindre :

  • Une situation sociale chaotique qui ne peut que s’aggraver

Là où il était facile aux centrales syndicales de « terminer une grève », sans même d’ailleurs avoir obtenu la moindre satisfaction, c’est parce que celle-ci était menée par des salariés qui avaient un emploi leur permettant encore, peu ou prou, de vivre jusqu’à la fin de chaque mois. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où le travail précarisé vous conduit au découvert bancaire dès le 10 du mois. À l’image de ce qui se passe dans les services d’urgences des hôpitaux, la situation sociale du pays est proche du chaos. Au foyer de contestation lancé par les Gilets jaunes, se greffent d’autres foyers d’explosions sociales spontanées (les syndicats n’y sont pour rien) qui ne peuvent aller qu’en se multipliant.

  • Un pouvoir non seulement incapable d’empêcher le naufrage du pays, mais le précipitant

Et si la situation ne peut que se dégrader, c’est parce que le pouvoir ou ce qu’il en reste est bien incapable d’y remédier. D’ailleurs, peut-on encore parler de pouvoir quand ceux qui se targuent de l’exercer n’ont manifestement plus qu’une idée en tête : piquer le maximum de fric dans les poches trouées des citoyens et le refiler aux copains/coquins avant naufrage du Titanic national ? Peut-on encore parler de pouvoir quand ses représentants donnent tous les signes de la débâcle mentale. Démonstration avec la dernière prestation de la nouvelle porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndyaie :

  • Un pays politisé, jaloux de sa tradition égalitaire, contraint par le désespoir

Contrairement à d’autres pays libéraux de tradition inégalitaire – les États-Unis, par exemple, où la contestation sociale s’exprime essentiellement par des émeutes violentes mais sporadiques – la tradition farouchement égalitaire de la France se traduit, comme on l’a vu avec les Gilets jaunes, par une politisation rapide de la colère. Or, difficile d’éteindre une colère lorsqu’elle est attisée par l’urgence et le désespoir. Face au mur de stupidité dressé par un pouvoir erratique, il y a tout à parier que la multiplication des foyers d’incendies sociaux va se coaguler et se muer tôt ou tard en un soulèvement politique radical énergique (je ne parle évidemment pas ici de la pétouille politicienne lancée par Clémentine Autain après la déroute de la vieille gauche aux européennes).

Ce qui apparaît aujourd’hui à certains comme un essoufflement du mouvement des Gilets jaunes tient plutôt selon moi des dernières hésitations de ses acteurs avant de passer à une étape beaucoup plus virulente de leur action, contrainte et forcée par la situation chaotique du pays. S’il est un essoufflement, c’est, je le crains, celui de la mantra non violente dont le mouvement GJ se pare d’ailleurs avec de moins en moins de conviction.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.