« Grande crise » : une course contre la montre mal engagée

Ça va. C’est bon. Ils sont en train de se noyer. Ils ont perdu et ils le savent. Ils ont perdu sur tous les tableaux : financier, économique, social (celui-là ne leur importait guère) et maintenant politique. Pas une seule mesure sérieuse prise depuis 2008. Tout ce qui leur reste, c’est d’essayer de gagner du temps. Et ils en gagnent faute de contradiction solide…

Toutes les pistes bouchées

Toutes les pistes de sorties leur sont pourtant désormais bouchées :

  • une bulle financière aussi enflée que grotesque avec des États recroquevillés sur l’austérité (Union européenne) et d’autres embarqués dans une fuite en avant planche-à-billet suicidaire (USA, Japon) ;

  • l’échappatoire économique (feu la croissance) durablement fossilisée (même en Chine où l’on ment effrontément sur les chiffres pour donner l’illusion du contraire), sous l’effet de l’épuisement des ressources naturelles et du dérèglement climatique (des vents de plus de 300 km/heure à Moore Oklahoma, comme sur les planètes sans vie de Mars ou de Jupiter) ;

  • des conditions sociales délabrées en toile de fond, avec dans les pays réputés riches un accroissement inédit de la pauvreté et de la précarité, une érosion de tous les indices de vie basique (espérance de vie en bonne santé, démographie vieillissante, chômage galopant — même aux USA malgré une manipulation éhontée des chiffres…) ;

  • la faillite lamentable du volet politique avec des dirigeants sombrant dans le ridicule et l’abject, quand ce n’est pas les deux à la fois (Obama, Hollande, Berlusconi and co…), et s’abandonnant à des technocrates autant dépourvus de scrupules que de solutions crédibles ;

  • même les médias en cour sont en train de perdre pied, recroquevillés sur la défensive, de plus en plus vénéneux, impuissants et pathétiques (cf. leur attitude corporatiste contre ceux qui menacent leurs intérêts de classe).

Une course contre la montre sauvage

Non, je ne vous citerai aucun exemple corroborant les affirmations ci-dessus. Ils abondent dans une telle quantité et à une telle célérité qu’il n’y a que les naïfs et les malintentionnés pour les ignorer ou les contester. Ceux qui veulent savoir savent ou peuvent savoir. Les autres préfèrent la stratégie tête dans le sac. C’est leur affaire.

Tout ça n’a en réalité plus guère d’importance. Une course contre la montre sauvage est engagée. Le vieux monde, sentant sa mort prochaine, tente de survivre en se lançant à corps perdu dans la voie d’une globalisation qui serait une effroyable et destructrice dictature planétaire.

À l’exemple du bloc européen renonçant à sauver les apparences émancipatrices qu’il voudrait se donner pour barricader ses intérêts en dehors de tout contrôle démocratique : la sélection des semences autorisées par Bruxelles, la supervision bancaire et même judiciaire, la destruction de toute les protections sociales…

J’entendais, lors du tout dernier festival Étonnants voyageurs de Saint Malo, un économiste prêchi-prêcheur nous annoncer la grande mutation libératrice de la planète via les BRICS : Inde (celle de Mittal), Chine (pays brillant par son respect des droits de l’homme) et Afrique (ce malheureux continent livré aux multinationales des anciens colons, avec la complicité sonnante et trébuchante de dictateurs fantoches).

Accouchement difficile du nouveau monde

Mais la mise bas du nouveau monde connaît quelques ratés. La course contre la montre entre la « Grande perdition » et la « Grande mutation » reste hélas fort déséquilibrée en faveur de la première.

Impréparation politique de la seconde malgré quelques tentatives isolées (Amérique du sud, nouvelles gauches européennes, printemps arabes…), manque de hardiesse à franchir tous les pas de rupture nécessaires des leaders, frilosité régressive des masses, isolement des nouvelles élites pressenties…

Le paradoxe est que la mutation finale, loin de profiter au vieux monde agonisant, passera par une période de chaos transitoire, entre guerres (déjà commencées) et explosions sociales (encore à l’état sporadique), mais dont les conséquences tragiques ont toutes chances d’ensanglanter à nouveau notre histoire contemporaine.

Cette « Grande mutation », inévitable, se fera aux forceps, comme toutes ses consœurs historiques précédentes. C’est-à-dire en dépit de la volonté clairement exprimée des intéressés eux-mêmes (oui, oui, les humains). Ceux-là donnent aujourd’hui tous les signes de l’égarement. Mais c’est pas grave, c’est la vie.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.