Gilets jaunes : relancer le mouvement en frappant là où ça fait mal

Gilets jaunes : relancer le mouvement en frappant là où ça fait mal

Face à une répression policière et judiciaire féroce, en l’absence de résultats tangibles au bout de six mois de lutte, le soulèvement des Gilets jaunes connaît aujourd’hui un passage à vide tout à fait normal. Ce dernier demeurera sans conséquences… à condition que les GJ sachent renouveler leur stratégie et se concentrer sur leur seul véritable objectif à atteindre.

Les chiffres de participation aux derniers actes hebdo (je parle de ceux sérieusement établis par le Nombre jaune) en attestent : celle-ci s’effrite au fil des semaines, même si elle est loin d’être aussi négligeable que tentent de s’en rassurer le ministère de l’Intérieur et les éditocrates affolés de la presse de propagande.

Avouons-le, les thèmes des derniers « actes » hebdomadaires laissaient plutôt à désirer. Manifester « contre » ceci ou « contre » cela, c’est se placer sur la défensive quand il faudrait aller résolument à l’offensive « pour » arracher quelque chose. Et il ne suffit pas, semaine après semaine, de chanter sur l’air des lampions qu’on va aller chercher Macron chez lui, si on n’y va pas vraiment une bonne fois pour toutes.

Privilégier une stratégie de guérilla à des démonstrations de masse épuisantes et stériles

« Si on nous laisse faire c’est qu’on ne dérange pas, et si on ne dérange pas on n’aura rien. »

Même s’il le dit de façon un peu abrupte et maladroite, Éric Drouet a perçu le danger : les manifs bon enfant du samedi ne font plus peur à personne dans le camp d’en face (au point que les forces de l’ordre se sont à peine senties contraintes d’intervenir lors de l’acte 29 du 1er juin). Or l’expérience montre que les actes les plus efficaces ont été ceux qui ont vraiment fichu la trouille au pouvoir et à son camp retranché.

Voilà pourquoi une stratégie de guérilla est désormais bien préférable à des démonstrations de masse épuisantes et stériles :

  • frapper là où ça fait mal : la multiplication des blocages de dépôts pétroliers ou de plateformes de grande distribution, la neutralisation de radars ou de péages, même de très courte durée, est bien plus usante pour le système qu’une « grève illimitée » qu’on ne peut pas tenir ou qu’une centaine de défilés en chansons bonnardes ;
  • frapper là où ça leur fait peur : les comités « d’accueil » qui marquent désormais à la culotte tout déplacement du président de la République, l’intervention à mains nues d’un boxeur décidé, l’invasion impromptue du ministère Griveaux à coups de tractopelle ou la dernière intervention coup de gueule devant le domicile de la ministre Schiappa, sont beaucoup plus déstabilisants pour les acteurs du régime que les démonstrations planplan répétitives du samedi.

[On notera que j’écarte ici la possibilité d’une grève générale illimitée : trop difficile à mobiliser et à pérenniser dans un contexte social précarisé, illusoire dans un contexte économique où une bonne partie des outils de production a été délocalisée en dehors du territoire, de toute façon toujours torpillée par les centrales syndicales. Depuis 1968, une seule grande grève a obtenu gain de cause : la grève contre le CPE (Contrat première embauche) en 2006 et elle n’était qu’étudiante.]

Un seul objectif : démanteler définitivement la 5ème République et neutraliser ses responsables corrompus

Égrener de semaine en semaine la litanie des revendications en matière de justice sociale et d’exigence politique (le RIC), c’est laisser supposer que ces revendications peuvent être satisfaites par le pouvoir en place. Sauf à être le dernier des naïfs ou une autruche incorrigible, on sait très bien que Macron et sa bande n’en ont nullement l’intention, ni même d’ailleurs la latitude, tant ils sont tenus par leurs commanditaires.

Dès lors, le seul véritable objectif du soulèvement des Gilets jaunes tombe sous le sens : le démantèlement total du régime, c’est-à-dire de la 5ème République, et la neutralisation de ses responsables corrompus.

Tant qu’il n’aura pas pris conscience de la nécessité de renouveler sa stratégie et de se fixer l’objectif très clair de s’emparer du pouvoir politique (tout en se structurant politiquement pour préparer la relève), le mouvement des Gilets jaunes est condamné à stagner pour une très longue et très pénible période. Gageons cependant que celui-ci saura réagir puisque la précarisation insupportable des classes dites inférieures qui a motivé le soulèvement des GJ – et qui lui vaut toujours le soutien des classes moyennes elles-mêmes menacées – ne peut aller qu’en s’aggravant .

=> Photo : blocage du dépôt pétrolier de La Pallice à La Rochelle le vendredi 31 mai, en marge de l’acte 29 des Gilets jaunes

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.