À Chypre comme ailleurs, il faut organiser la faillite des banques

Au point où il en est, le système dominant, en phase terminale, s’effondrera à travers la faillite de son organisation financière. Ou bien on le laisse s’effondrer tout seul, avec tous les dégâts et les souffrances que cela occasionne (cf. Lehman Brothers, Dexia, les « sauvetages » des banques grecques, espagnoles, aujourd’hui chypriotes). Ou bien on l’organise soi-même.

De là à tomber quasi d’accord comme certains avec Frau Merkel qui penchait pour laisser les banques chypriotes se dépatouiller toutes seules, il y a un pas très égoïste que je ne franchirai pas. Le but beaucoup moins louable et solidaire de la chancelière allemande était surtout de sauver ses propres repaires financiers, sans souci du fretin populaire à taxer.

Comme le suggère le président islandais, c’est à chacun d’organiser la faillite de ses propres banques, pas de précipiter à la sauvage la banqueroute de celle des autres. (De toute façon, elles y passeront.)

Ce qu’il faudrait faire

Dans le second volet de mon petit programme, j’avais proposé la création d’un pôle public bancaire. Une sorte de « good bank » qui offrirait aux particuliers et aux entreprises, sous l’égide des pouvoirs publics, toutes les conditions basiques d’une banque de dépôt.

En bref, tout le contraire de ces « bad banks » que les pouvoirs en place (font tout à l’envers ceux-là !) inventent pour tenter de sauver ce qui reste de places fortes toutes aussi mauvaises.

La situation actuelle de crise de ces officines privées (pas qu’à Chypre qu’elles ont des relents mafieux) impose une transition hautement maîtrisée et régulée.

On pourrait ainsi expérimenter une transition sous contrôle, en douceur, vers le pôle public ainsi créé, avec un montant maximum pour les dépôts (100 000 euros ?), des conditions renforcées d’utilisation en matière de placements de l’argent déposé et de fonds propres de garantie…

Quelques accessoires conditions

Une telle mesure de VRAI sauvetage suppose bien sûr quelques accessoires conditions.

  • La sortie dare-dare de la zone euro. Vous pensez bien que ce n’est pas avec les zèbres incontrôlables que nous nous traînons dans les couloirs de Bruxelles que nous risquons d’être autorisés à concrétiser notre petit plan pépère. Ou bien nous les mettons devant le fait accompli (cf. programme du Front de gauche), ou bien nous divorçons.

  • Le retour à une monnaie nationale, qui justifie à elle seule le divorce mentionné ci-dessus, et permet une gestion beaucoup plus souple de nos affaires. L’euro, arme de destruction massive aux mains d’oligarques margoulins, ayant de son côté amplement révélé toute son inanité.

  • De nouvelles relations internationales, tant avec nos partenaires européens que ceux des autres continents. Les divorces ne sont pas forcément voués à des ruptures brutales. Il existe des séparations à l’amiable, sur la base du partenariat beaucoup plus saines que bien des vies communes étouffantes et déséquilibrées. L’union libre européenne, oui, l’UE, non.

Ce qui pourrait être fait

Il y a en réalité une quatrième condition pour que puisse être réalisé ce qui devrait être fait : la condition politique, avec une équipe susceptible de mettre ce joli plan en oeuvre. Et là, tant avec nos excités de l’UMP qu’avec nos hypocrites du PS, vous pensez bien que ce n’est pas gagné du tout [rire] !

Voilà pourquoi j’avais lancé l’idée pis-aller d’une régulation bancaire par les citoyens eux-mêmes. En trois étapes toutes simplettes :

  • choisir une banque de référence dans celles existantes, même quitte à se boucher un peu le nez ;
  • lui confier tous nos sous ;
  • et laisser les autres, surtout les plus voyous, se débrouiller dans leur pétaudière.
NB : pas trop tard, cher lecteur, pour rejoindre mon petit groupe. Et surtout agir en conséquences.

Ce qui hélas a toutes les chances de se réaliser

Mais il semble dit que nos braves petits épargnants sont voués à demeurer aussi neuneus et timorés que nos politiques sont fielleux et nos financiers rapaces. Toujours une excuse pour ne pas se bouger les fesses, les poulets. Sauf évidemment en cas de panique. Mais là, trop tard pour sauver la volaille. Plumée ! Comme à Chypre.

Enfin bon, c’est la vie. On se contentera donc d’assister au carnage de la basse-cour. Car voulez-vous savoir ce qui (sauf miracle électoral) se passera au final ?

Exactement, à quelques nuances près, tout ce qui est décrit ci-dessus : l’explosion du système, de la zone euro, de l’euro et le retour à des bases nationales, avec des monnaies nationales… Mais pour une reconstruction contrainte au lieu d’être maîtrisée, dans le drame et d’atroces souffrances.

C’est vous qui voyez. Ou un accouchement civilisé, le plus peinard et le moins indolore possible. Ou une mise bas à l’ancienne, sans péridurale, ni même assistance médicalisée, avec présentation du nouveau-né par le siège.

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.