La chute du bloc survivant, scène finale

Eh bien, nous y voilà ! Comme au dénouement du film-catastrophe qui vit la fin d’un des deux blocs issus de la Seconde guerre mondiale, nous arrivons à l’apothéose finale qui accompagne la chute du bloc survivant. À chacun ses évènements symboliques : la chute du mur de Berlin pour le premier, le blocus de Chypre par l’Union européenne de MM. Draghi et consorts pour le survivant moribond.

Ou, comme le dit joliment Frédéric Lordon :

<< Comment transformer un problème de la taille d’un confetti en potentielle déflagration nucléaire. >>

Voilà un moment que ça leur pendait au nez. Depuis janvier 2008, en fait. Rien, absolument rien qui ne se soit arrangé depuis cette date fatidique. Le plus surprenant fut juste leur capacité de retarder l’échéance fatale — ah, cette épidémie d' »aides illimitées » des banques centrales, 85 milliards pondus CHAQUE MOIS par la Banque fédérale américaine, rien que pour donner une illusion de reprise US !

Les cornichonneries de la bête blessée

C’est le désarroi et l’impuissance qui ont poussé Draghi à commettre son acte imbécile de taxation sauvage des dépôts bancaires. Le pas de trop. En fait, ils n’ont plus les moyens de leurs ambitions. Qui peut dire quand et comment rouvriront les banques chypriotes ? Qui peut anticiper la réaction des Russes dont les avoirs sont désormais gelés ?

Et de fait, c’est la guerre ! Oui, oui, une vraie guerre, provoquée comme toutes les vraies guerres par les réactions suicidaires des bêtes blessées à mort. Une guerre déclarée par un empire aux abois à ses propres populations.

Pas plus que la Fed US de M. Bernanke ou la BoJ nipponne de M. Shirakawa, la BCE de M. Draghi ne peut plus sauver la chaloupe européenne en perdition. Alors le cornichon ferme ses propres banques ! Ce qui, pour un banquier, est proprement se tirer une balle dans les pieds, le comble de la cornichonnerie !

Les fragiles mécanismes de résistance

Il ne faut pas se voiler la face, les mécanismes de résistance pour enrayer cette force tellurique mauvaise sont bien faibles. Comme dans le Japon du tsunami, il y a fort à parier que la reconstruction ne sera possible qu’une fois le gros de la vague passée.

Oh bien sûr, on pourra toujours s’accrocher à quelques îlots de résistance. Le chavisme en fut un pour la population vénézuélienne. L’équipe de Morales en Bolivie. Peut-être un jour des Fronts de gauche, des Syriza ou des mouvements 5 étoiles en Europe. Pour peu qu’on ne cède pas non plus à de nouvelles idolâtries précipitées.

Mais finalement, notre principale préoccupation devra être de ne pas nous laisser à notre tour happer par cette pathologie déferlante et garder les pieds sur terre. Tiens, il m’en reste une petite dernière que ces dingues du bloc survivant n’auront pas. Trinquons, ça réchauffe.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.