Guerre du Mali : les choses se compliquent

Finie la promenade de santé qui conduisit notre glorieuse armée française jusqu’à Gao et Tombouctou (objectifs d’ailleurs non prévus au programme d’intervention initial). Il n’y avait guère qu’un Elkabach, journaliste très approximatif, pour prétendre le contraire sur Europe 1 face à Jean-Luc Mélenchon.

<< Ce matin, Tombouctou est donc tombée après une vive bataille, comme Gao hier. Deux cents parachutistes, dans la nuit, des forces spéciales qui ont anéantit les combattants bien armés d’en face… >>


Interview de Mélenchon par Elkabach (voir à partir de 2:17)

Évidemment (mais un Elkabach n’est plus à une stupidité près pour les besoins de sa cause), pas plus de << vive bataille >> que de << combattants bien armés d’en face >>. Ceux-là avaient déjà prestement cédé la place, soit en se fondant à la population, soit en regagnant les contreforts inhospitaliers du nord.

De quelques éléments moins reluisants

Ce qu’on apprit plus tard fut en fait nettement moins reluisant. Il y avait déjà eu une alerte à Gao, avec ces exactions de l’armée malienne contre les populations civiles, ces exécutions sommaires dénoncées par Amnesty International et Human Rights Watch.

À Tombouctou, ce fut bien plus malodorant. Pillages en série contre les suppôts supposés des envahisseurs islamistes précédents. En réalité, très probables réactions revanchardes brutales des ethnies noires maliennes contre l’agaçante communauté « arabe » à peau plus claire (pêle-mêle, Algériens, Mauritaniens, Touaregs…)

Ce qu’on apprit aussi, c’est que, bien plus qu’une résistance islamiste, c’est contre les sables du désert que nos blindés durent péniblement lutter pour parvenir dans les deux villes « libérées » de la boucle du fleuve Niger. Qu’en sera-t-il quand il s’agira d’aller délivrer Kidal, bastion présumé des islamistes, dans l’hostile Adrar des Ifoghas ?

<< L’expédition de ces trois derniers jours l’a montré : les enlisements notamment des camions transportant la logistique ont été nombreux et la progression très lente >> (Journal du Dimanche, 27 janvier 2013)

Un autre avertissement, en apparence lointain et anodin, fut occulté par nos médias : cette attaque islamiste sur un oléoduc algérien, dimanche dernier, qui fit deux morts et sept blessés parmi la garnison placée en défense à Djebahia, 125 km d’Alger.

Premières lézardes

<< Nous sommes en train de gagner cette bataille >>, claironne, peut-être un peu prématurément, le président Hollande à qui veut l’entendre. Bataille (sans combat), oui, mais la guerre ? Voilà nos forces françaises à la croisée des chemins désertiques. Et au pied de murs de sables et de cailloux bien périlleux.

C’est peu de dire que l’envie les démange de remonter plus au nord, jusqu’à Kidal, pour terrasser cet ennemi d’Ansar Dine qu’ils croient à leur portée. Mais déjà les premières fissures dans l’unité des « libérateurs » apparaissent :

Pour info, le MIA (Mouvement islamique de l’Azawad) et le MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) sont deux mouvements touaregs désormais opposés aux dingos d’Ansar Dine… mais pas forcément affidés aux forces « libératrices » occidentales.

Et s’il n’y avait encore que les indigènes locaux pour troubler le débat. Mais voilà que quelques « touristes » importuns viennent semer leur souk : cette base de drônes installée (avec quel mandat de l’Onu ?) par les Américains au Niger, par exemple. Pas sûr qu’elle réjouisse tant que ça nos petits Français en leur chasse gardée d’uranium.

Eh oui, compliqué, n’est-ce pas ? Ce fichu désert a beau être désert, il recèle des tonnes des pièges inattendus, vachards, contradictoires, incontrôlables. Et puis ce sable, cette poussière, ces myriades de petits cailloux qui viennent méchamment gripper nos flamboyantes mécaniques « civilisées ».

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.