Les procès en sorcellerie, signe d’une société régressive

Mon dernier billet sur une conférence de Michel Collon m’a valu sur les réseaux sociaux une volée de bois vert de la part de ceux qui condamnent la proximité (supposée) du chroniqueur belge avec des personnalités comme Dieudonné, Meyssan, Soral. Rue89 s’est même fendue d’une « note de rédac » avertissant du côté controversé du personnage.

Pour tout vous dire, moi, je m’en fous de la réputation des Collon, des Dieudonné, des Meyssan, des Soral… Je ne me sens pas non plus obligé d’être d’accord en tout avec tous ceux que je côtoie ou que je cite. Je suis fréquemment en désaccord avec des articles ou des éditos de Rue89 où pourtant je publie mes petits textes sans aucune espèce de réticence.

J’ai parmi mes proches des gens qui ont voté pour l’infâme Sarkozy. Et des amis qui ont choisi l’autre, ce Hollande, qui aujourd’hui traite les Roms comme des pestiférés, fait copains-copains avec ses « ennemis » de la finance et nous vaut une guerre au Mali sous des prétextes que je trouve faux-cul. Et alors ? Faut-il que j’excommunie tous ceux-là ?

Contester n’est pas condamner

Je me méfie comme de la peste de ces insidieux procès en sorcellerie qui fleurissent pendant les périodes troublées, les époques patraques. Je trouve malsaines les condamnations en hérésie. Un esprit sain (sans T !) doit-il craindre à ce point ce qu’il ne partage pas ?

Quels dangers représentent vraiment les Collon, les Dieudonné, les Meyssan, les Soral (que je ne mets d’ailleurs pas dans le même sac, ce billet s’adressant surtout à leurs détracteurs sans nuance) ? À quelles organisations maléfiques appartiennent ces hérétiques ? Sont-ils plus redoutables que les obscurs think tank auprès desquels s’abreuvent nos élites ?

Collon, je ne le connaissais pas bien avant mon article. J’ai voulu en avoir le cœur net. J’ai trouvé ce texte sur Kadhafi. Contestable, c’est sûr, mais au sens où on a le droit de le discuter, d’y opposer des objections, d’y apporter contradiction. Cela enlève-t-il quoi que ce soit à la justesse de son analyse sur les cinq principes de la propagande de guerre ?

Quant au négationnisme à la Faurisson, j’appelle ça tout au plus du crétinisme. Un peu comme pour ceux qui nient la réalité des attentats du 11 septembre, ceux qui contestent l’impact de l’activité humaine sur les désordres écologiques et climatiques, ceux qui récusent obstinément la gravité de la présente crise…

Les fous du village ont droit de cité

Le crétinisme est une notion fort répandue sur terre. Mérite-t-il qu’on en fasse tout un fromage au point d’envisager, sinon l’extermination de ses suppôts, du moins l’éradication de leur droit à s’exprimer ? Au prétexte souvent, d’ailleurs, qu’il ne rentre pas dans le moule d’une pensée unique de plus en plus étriquée.

Qu’est-ce que cette attitude régressive qui consiste à penser qu’on puisse discréditer définitivement certains débats à coups de mots-anathèmes — << complotiste ! >> << populiste ! >> << confusionniste ! >>… — ou par la distribution infantiles de stupides points Godwin ?

Ho, les citoyens, reprenez-vous ! Êtes-vous tant pétris de trouille pour vous entourer ainsi de toutes ces barricades mentales, si peu sûrs de votre affaire pour vous abriter derrière tous ces interdits ? Ou alors quel sournois pré-carré avez-vous à défendre pour en bannir ainsi l’accès aux corps étrangers ?

Bien malade est le village qui exclut ses fous. Vous faut-il un stock d’ail et de croix pour conjurer vos vampires ? De bons procès à l’ancienne avec commissaires politiques et auto-critiques humiliantes des accusés à la clé ? Allez, buvez un bon coup, ça vous calmera les neurones.

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