« Grande mutation » : la violence comme arme politique

Très intéressante tribune dans le Monde sur la résistance à Notre-Dame-des-Landes. Le texte émanait d’un groupe de trois opposants sur la « zone à défendre » (ZAD). Le trio tenaient à se démarquer de quelques leaders médiatiques auto-proclamés présentant le mouvement de protestation comme essentiellement non-violent.

<< Ceux-ci semblent toujours estimer que, quand bien même on viendrait piétiner nos maisons et nos cultures, il nous faudrait rester calmes et polis. Si nous ne nous étions pas défendu.e.s, il n’y aurait probablement plus grand monde pour parler de la ZAD aujourd’hui, moins encore pour y vivre. >>

La non-violence comme anesthésiant

Voici clairement posé le problème de la légitime défense et de la violence comme arme politique en période de grave crise. D’ailleurs a-ton jamais vu les forces de l’ordre établi venir le défendre avec des petites fleurs à la main ?

Un Nelson Mandela ne dut-il pas se résoudre à l’action politique violente pour mettre à bas l’apartheid en Afrique du sud ? Et Gandhi ne déclara-t-il pas un jour que s’il préférait la non-violence à la violence, il choisissait néanmoins la violence plutôt que la lâcheté ?

La non-violence est souvent posée comme anesthésiant contre toute tentative de contestation de l’ordre établi. Qui ne se souvient de l’interview mémorable que David Pujadas, présentateur TV du microcosme, fit subir à Xavier Mathieu, responsable syndical des « Conti » sur le site menacé de Clairoix ?

Fin de la comédie

Et si cette comédie était finie ? On a vu dans un précédent épisode sur la sortie de crise comment le sang serait probablement de la partie. Les bonnes âmes terrifiées ne nous épargneront sans doute pas les leçons de morale lénifiantes. Mais le coup de l’autre joue tendue, c’est aussi de l’histoire ancienne et pas tellement ragoutante.

Étonnant, vous ne trouvez pas, que le journal Le Monde ait publié la tribune de nos trois apaches de NDDL ? Pas son genre. Mais voilà, les temps changent. Les vieux tabous chancellent. Et soudain vous sautent à la figure des évidences que les courtisans à la Pujadas ne parviennent plus à tenir enfouies.

Tiens, pour garder un semblant de bienséance convenue, terminons ce voyage sulfureux avec un de nos honorables prix Nobel, ce bon vieux Albert Camus, non-violent notoire, qui se refusait lui aussi à légitimer la violence, mais qui l’estimait pourtant, dans certains cas, inévitable :

<< Ce n’est pas me réfuter en effet que de réfuter la non-violence. […] Je ne pense pas qu’il faille répondre aux coups par la bénédiction. Je crois que la violence est inévitable, les années d’occupation me l’ont appris. Pour tout dire, il y a eu, en ce temps-là de terribles violences qui ne m’ont posé aucun problème.

Je ne dirai donc point qu’il faut supprimer toute violence, ce qui serait souhaitable, mais utopique, en effet. Je dis seulement qu’il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation lui vienne d’une raison d’État absolue ou d’une philosophie totalitaire.

La violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu’il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu’on peut. >>

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.