Zizic’ Land à Chauffaille ? Non, non et non !

Zizic’ Land à Chauffaille ? Non, non et non !

Il y a quelques années, on a parlé de ce projet fou de parc d’attraction musical, mais l’indolence naturelle des gens, leur veulerie même les avaient poussés à croire que ce n’était pas possible, que ça ne se ferait pas. On s’était fait devoir de n’y plus penser.

Folie

On avait simplement oublié que dans une époque aussi folle que la nôtre, la plus grande folie est au contraire de mise et les projets les plus fous ont plus que d’autres toute chance d’aboutir.

Le sieur Hodiamont a donc continué d’œuvrer dans l’ombre et – quelle est la part de bluff, la part de vérité ? – il dit être en mesure d’ouvrir son parc en juin 2021.

Nous refusons l’idée même de parc d’attraction, quel qu’en soit le thème, car un parc d’attraction, de loisir, est toujours la négation du pays où il s’installe, de son histoire, de sa mémoire, de sa culture ; il peut d’ailleurs s’installer n’importe où, il est hors sol.

Nous sommes allés voir le film d’animation, de simulation qui nous le présente, ce parc, et les bras nous en sont tombés. Des mots qui sont venus pêle-mêle le qualifiant : atterrant, affligeant, déshonorant, ridicule, infantilisant, grotesque, insultant, méprisant et méprisable ; le nommant : singerie, abjection, camelote, infamie, duperie, parodie, dérision, on n’en finirait pas…

Musique

On nous parle de musique. Elle est ici prétexte : le thème manquait à la panoplie du ludisme européen. La musique ne saurait être parquée, la musique doit vivre en liberté. Et la musique, fût-elle divertissante, est chose sérieuse, grave même, elle ne mérite pas une telle désinvolture. Au nom de la musique même on doit refuser cette mascarade.

Paysans

Parlons du lieu. Il a une histoire. On y travailla la terre, la terre nourricière. On y forgea des outils, des outils de paysan, des outils nourriciers.

Et puis la folie vint : les poulets en batterie, l’armée et ses manœuvres. Aujourd’hui une aire de jeu pour « homo festivus ». Lamentable !

Écologie

On nous le dit écologique en diable, bien sûr, mot magique, alors qu’il ne sera qu’une somme de techniques d’animations branchées et avides d’énergie. On nous dit qu’il aura tout en son sein : hôtellerie, parkings (c’est à voir !) Mais les voies d’accès seront-elles en son sein ? Comment acheminera-t-on les milliers de gogos espérés ? Par la malheureuse départementale 901 qui suffit bien actuellement à desservir Chauffaille ? Allons donc ! Il la faudra bien, cette fameuse quatre voies, dont d’aucuns rêvent comme d’une médaille depuis longtemps, pour relier Chauffaille à l’autoroute !

Village

Nous, nous aurions une toute autre idée de ce que pourrait être le domaine de Chauffaille. Re-devenir un village, une communauté villageoise, un peu, tiens, comme ce qui se passe sur la même commune de Coussac, à la Tournerie. Des paysans, et on y ajouterait quelque forgeron pour renouer avec l’esprit du lieu, et pourquoi pas quelque tanneur, quelque tisserand, quelque potier, un charpentier. (Oh ! mais pas pour les donner à voir et filmer aux touristes ! Ne remplaçons pas un tourisme débile par un tourisme risible !) On y fabriquerait ce dont on aurait besoin, on y transformerait et vendrait ce qu’on y élèverait et cultiverait. Oui, on y réinventerait un village au sens limousin du terme qui ne se confond pas avec le bourg. Chiche !

Non pas ces emplois de zozos camelots vendant leur pacotille, de vrais métiers de savoir-faire. Raisonnable, cette folie-là, ne vous déplaise, et seule apte à sauver l’humanité de l’impasse dans laquelle elle s’est fourrée.

Veaux

Le sieur Hodiamont s’était dit : « On va aller en Limousin, l’idée de faire de leur pays un parc de loisir pour les touristes européens ne les gêne pas. Voyez Vassivière, voyez Saint-Pardoux, tous ces chemins balisés où l’on vous mène par la main, ils acceptent tout. Notre quincaillerie passera comme une lettre à la poste. »

Si les Limousins ne réagissent pas, il aura eu raison. Et l’on pourra dire qu’à force d’en élever, les Limousins sont devenus des veaux.

=> Source : Terra nòstra, page photocopiée. Intertitres : Partageux.

ZAD DE CHAUFFAILLE

1. Un parc d’abomination à Chauffaille, Coussac-Bonneval en Limousin.

Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.