Gilets jaunes : stratégie pour passer à l’étape de la conquête du pouvoir

Gilets jaunes : stratégie pour passer à l’étape de la conquête du pouvoir

Plus de cinq mois de lutte ininterrompue, un pouvoir qui donne des signes de dislocation, le mouvement des Gilets jaunes arrive un un point crucial de sa révolution. Le moment d’élaborer une stratégie pour passer à l’étape supérieure : celle de la conquête du pouvoir.

Car il est bien entendu – et cela s’est vérifié lors de la dernière conférence de presse de Macron – que les ponts de discussion avec le régime sont rompus. La 5ème République a vécu, vive la 6ème, mais cela n’ira pas sans une stratégie rigoureuse. Plusieurs axes ont déjà ou sont testés par les Gilets jaunes avec une réussite certaine. D’autres mériteraient de venir les renforcer.

Trois axes stratégiques principaux en suggestion :

1/ La stratégie de l’ultimatum

La stratégie de l’ultimatum mensuel est sans doute l’arme la plus redoutable des Gilets jaunes actuellement :

  • elle panique et déstabilise la caste ;
  • elle l’empêche de jouer sur l’effet « essoufflement » des actes hebdos en relançant la machine un samedi par mois.

La caste parie sur la suspension du mouvement GJ à la fin du mois de juin. Si les Gilets jaunes parviennent à maintenir un ultimatum d’envergure en juillet et en août, l’effet destructeur sera phénoménal, en même temps qu’il contribuera à relancer le cycle des manifestations GJ en septembre et suivants si besoin est.

2/ La reconquête des ronds-points

L’autre stratégie gagnante des Gilets jaunes fut l’occupation durable des ronds-points :

  • elle permit aux Gilets jaunes de se souder entre eux malgré leurs différences (#Lafamille) et de murir leur conscience politique de citoyens (cf. le succès du film « J’veux du soleil ») ;
  • par son effet convivial et festif, elle permit au mouvement GJ de s’attirer les faveurs de l’opinion publique jusqu’à aujourd’hui (selon le dernier sondage Elabe du 24 avril, 50% des Français déclarent encore soutenir ou avoir de la sympathie pour le mouvement GJ, contre 34% seulement d’un avis inverse, 16% de l’échantillon n’exprimant aucune opinion).

On ne saurait donc qu’applaudir la décision des Gilets jaunes de consacrer leur acte 25 du 4 mai à la reconquête festive de leurs ronds-points. Le mouvement doit être d’envergure, durable (une cabane détruite, une cabane aussitôt reconstruite). Là encore, effet subversif garanti. Et imaginez que le squat des ces ronds-points se poursuive en juillet et août : vacances en famille rigolardes pour les Gilets jaunes, migraines assurées pour le pouvoir et apoplexie certaine pour les forces de l’ordre obligées de courir en armure de caoutchouc sous la fournaise estivale.

3/ Poser dès à présent les fondations de la France post-macronienne

La stratégie des Gilets jaunes doit également passer à la vitesse supérieure et gagner en ampleur. Le meilleur moyen est de poser dès à présent les fondations de ce que sera la France post-macronienne. Ces fondations ont été régulièrement évoquées sur ce yetiblog dès décembre 2018, repris par Juan Branco au soir de l’acte 24 :

  • création d’un tribunal populaire pour juger les prédateurs qui, ces trente dernières années, ont pillé le pays à leur seul profit, non seulement les exécutants (Macron, Philippe…), mais aussi les commanditaires, ces oligarques richissimes qui ont privatisé le bien public et corrompu notre démocratie représentative ;
  • formation d’un Conseil constituant chargé de préparer la future Assemblée constituante ;
  • formation d’un Conseil de transition – sorte de cabinet fantôme à la britannique – prêt à faire fonctionner la machine étatique en cas de vacance définitive du pouvoir.

L’objectif de cet axe stratégique n’est évidemment pas d’être immédiatement opérationnel. Il est de mettre encore plus de pression sur le pouvoir dont nous voulons désormais clairement la chute. Il est aussi d’informer la population du sérieux de nos intentions et de notre volonté de les réaliser.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.