Le guêpier du fédéralisme technocratique européen

<< Quand t’es dans le désert depuis trop longtemps >>, comme disait la chanson, t’es prêt à gober n’importe quel mirage, pourvu que celui-ci te donne l’illusion de pouvoir te sortir du guêpier immensément désolé où tu t’es fourré. Le dernier mirage à la mode, dans le champ de ruines européen, c’est la marche inéluctable vers le fédéralisme.

Une tour de contrôle hors de contrôle

Encore faudrait-il savoir de quel fédéralisme on cause ! S’agit-il d’un fédéralisme tournant autour de ce traité de Lisbonne vicelard à souhait pour éviter tout contrôle démocratique de la nébuleuse systémique néolibérale ?

Pour l’heure, ce que l’on constate, c’est la dérive perverse de vouloir mettre sous le contrôle technocratique de Bruxelles, toutes les politiques budgétaires, tous les régimes fiscaux, toutes les organisations financières, toutes les réformes institutionnelles des États membres d’une Union européenne exsangue.

Dirigée par qui, cette tour de contrôle obscurantiste ? Par quatre mousquetaires, sans mandats ni aucun contrôle populaire, d’instances européennes vouées aux vents mauvais des lobbies : MM Barroso (Commission européenne), Draghi (BCE), Juncker (Eurogroupe), Van Rompuy (Conseil européen).

Quelques expériences de direction technocratique viennent d’être menées sous la baguette cinglante de notre austère quatuor. En Grèce et en Italie, avec ce Mario Monti dont le dernier exploit est une réforme du code du travail — en bref, la suppression des dernières protections sociales transalpines — offerte en sacrifice expiatoire aux « marchés » juste avant le prochain sommet européen.

L’angélisme du fédéralisme démocratique

Ah pourtant, elle est tentante cette idée d’une union fédérale de tous les peuples du Vieux continent, enfin unis main dans la main face à l’adversité et aux sournoiseries des blocs d’en face ! Démocratique en diable, bien évidemment.

Nos quatre grigous à costume d’enterrement ne se privent pas d’agiter leurs mielleux appeaux, bouches en cul de poule. Au point d’y engluer encore les plus réfractaires d’entre nous. Comme notre Mélenchon national ou le Tsipras grec. L’Europe, nous ne la quitterons jamais !  Qui ne se laisse jamais prendre à ces fumées avec un délice un brin coupable ? Qui ne VOUDRAIT pas y croire ?

Mômes que nous sommes ! Aussi naïfs et angéliques qu’un valeureux groupuscule de gauchistes en attente d’un Grand soir improbable ! Non, nous n’allons pas quitter l’Europe, c’est l’Europe qui va nous quitter. Cette Union européenne en train de se désintégrer.

Il n’y aura pas dans un proche avenir de fédéralisme démocratique européen. On ne concrétise pas une noble idée lors d’un mouvement de fuite et de panique. Comme toujours dans l’Histoire, chacun va devoir retourner mettre un peu d’ordre dans sa maison ravagée. En espérant que ce ne soit pas avec la Le Pen comme femme de ménage.

<< L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot, nationale et internationale >> (Pierre Mendès France, janvier 1957, à propos du futur « marché commun »)

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.