Réponse à Pascal Riché : l’Union européenne est un facteur de crise

« Penser large » pour sortir de la crise, estime Pascal Riché dans un récent éditorial sur Rue89. Et de réclamer pour ce faire « plus d’Europe » – entendez plus de relance européenne – avec cinq ingrédients indispensables à la clé :

  • de nouveaux mécanismes de solidarité européens (pays du nord/pays du sud) ;
  • un « système bancaire homogène » ;
  • un « assouplissement de la création monétaire » ;
  • un gel et une restructuration des dettes publics ;
  • une « plus grande intégration des politiques budgétaires et fiscales ».

Ces vœux pieux se heurtent hélas à deux obstacles majeurs : l’un inhérent à la nature même du système, l’autre à l’organisation structurelle de l’Union européenne (UE) telle qu’elle apparaît aujourd’hui.

À monde limité, croissance limitée

La fameuse “relance” mondialement réclamée à cor et à cris depuis désormais plus de quatre ans peut définitivement être remise aux calendes grecques. Pour la bonne raison qu’il n’y a plus de croissance quantitative possible dans une organisation systémique productiviste.

Les raisons en sont très simples, que d’aucuns font obstinément mine d’ignorer, mais que d’autres, comme Dennis Meadows, viennent opportunément rappeler.

Bouleversements climatiques, pénuries de ressources naturelles, autant de limites que la collectivité humaine ne pourra contourner qu’en changeant de logiciel : le quantitatif doit impérativement céder le pas au qualitatif. Lequel n’a d’ailleurs rien à voir avec le concept étriqué de “décroissance” qui est à la croissance ce que l’anticapitalisme est au capitalisme : un alter-ego inoffensif.

Autant dire que ce n’est pas l’organisation européenne actuelle, entièrement inféodée au système productiviste néolibéral, qui est en mesure d’y parvenir.

Vieilles recettes en leurs pots ébréchés

Des cinq ingrédients indispensables listés par Pascal Riché, un seul apparaît réaliste : le gel de la dette. Non par suite d’une volonté politique, mais contraint et forcé comme cela vient d’être le cas avec la décote sévère de la dette grecque. Les dettes publiques ne seront pas seulement gelées, elles se désintègreront sous l’effet de la crise.

Mais comment sérieusement espérer une quelconque solidarité des pays du nord (l’Allemagne) envers leurs “alliés” infortunés du sud sachant que la supériorité des premiers tient à un déséquilibre de leurs balances commerciales au détriment des seconds. Dans l’organisation commerciale actuelle, la supériorité des uns vient de l’infériorité des autres, y compris et surtout au sein de l’UE.

Ne parlons pas non plus d’un « système bancaire homogène » puisque celui-ci l’est déjà au point d’une interdépendance si absolue que la chute d’un maillon (grec, espagnol) entraîne irrémédiablement celle des autres. Et que le véritable problème aujourd’hui est que ce système financier ouvertement mafieux est totalement pourri à l’os, irrécupérable.

Enfin les vieilles recettes comme « l’assouplissement de la création monétaire » sont elles aussi en train de révéler cruellement leurs limites au pays des rois de la relance (avortée) : les États-Unis d’Amérique.

L’UE est morte, vive l’union européenne

« N’est-il pas temps d’imaginer une Europe contrôlée par des instances démocratiques – par son peuple  ? » (P. Riché)

Allons voyons, depuis 2005, date du fameux référendum sur le projet de constitution européenne, il saute aux yeux que le but des instances européennes en place est surtout de contourner à tout prix toute expression de volonté populaire.

Aucune des deux instances principales (Commission européenne, BCE) n’est soumis au moindre contrôle des électeurs. Le Parlement européen, au rôle purement consultatif, n’est là que comme soupape exutoire aux bonnes consciences démocratiques.

Aucun des quatre véritables dirigeants de l’UE actuelle (Barroso, Draghi, Juncker, Van Rumpoy) ne détient le moindre mandat électif.

Alors bien sûr on peut toujours rêver à une solution européenne. On VOUDRAIT toujours pouvoir aspirer à une véritable union européenne. Mais celle-là, la vraie, ne peut passer que par la mort de l’UE telle qu’elle sévit aujourd’hui. Agonie en cours. Et dégâts collatéraux hélas prévisibles.

Aller plus loin

Europe : pour mettre fin à la crise, il est temps de penser large (Pascal Riché, Rue89)

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Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.

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