Actes de printemps : et si les Gilets jaunes partaient à la conquête de la population silencieuse ?

Actes de printemps : et si les Gilets jaunes partaient à la conquête de la population silencieuse ?

Les 21 premiers actes des Gilets ont incontestablement usé et déstabilisé le pouvoir en place. Mais jusque là en vain. Or il est un élément majeur susceptible de faire basculer le rapport de force à qui saura le rallier : la population silencieuse.

Parti d’une explosion de colère, le mouvement des Gilets jaunes a depuis muri, s’est structuré, s’est doté d’un catalogue de revendications parlantes pour tous, s’est transformé en une force politique d’un nouveau genre avec des aspirations claires de démocratie directe populaire.

Bienveillante, la population silencieuse reste néanmoins à l’écart, un peu effrayée par la violence qui émaille les différents actes hebdomadaires du samedi, n’osant pas encore se risquer à rejoindre la foule des protestataires.

Les Gilets jaunes ont deux mois pour rallier la population silencieuse

Or le printemps est une saison propice aux discussions, aux explications, aux échanges conviviaux, à la séduction. Les Gilets jaunes ont deux mois – mai et juin – pour séduire et rallier la population silencieuse hésitante à leur cause.

Sans cesser par de nouveaux actes de maintenir la pression sur un pouvoir qui ne comprend que ça, les Gilets jaunes gagneraient à trouver d’autres sources d’action pour rencontrer et fraterniser avec la population des hésitants :

  • en l’invitant expressément à des rencontres conviviales et festives sur les ronds-points réinvestis ;
  • mais aussi et surtout en allant au devant d’elle, là on est susceptible de la trouver : sur les marchés, les vide-greniers, les fêtes populaires…

Non pas convaincre, mais séduire

L’idée n’est pas de convaincre cette population silencieuse – la pire démarche serait d’adopter l’attitude de militants débitant leur argumentaire en période préélectorale. De toute façon, cette population, je pense, est déjà acquise, même si elle n’en dit mot, aux revendications des Gilets jaunes.

Non, l’idée c’est véritablement de la séduire pour qu’elle n’ait plus peur : vous voyez, nous sommes des gens comme vous, comme vous préférons rire que pleurer, vivre dans une société conviviale plutôt qu’en insupportable compétition, comme vous nous préférons être rassurés sur l’avenir de nos enfants, que ceux-ci aient une vie paisible du premier au dernier jour de chaque mois, comme vous ce qu’on veut, c’est du soleil, rien que du soleil… Ah au fait, ça vous dirait un petit pot de l’amitié ? On a apporté un cubi de sauvignon, des jus de fruits, des verres en carton et des cacahouètes (un petit coup d’accordéon ne serait pas mal non plus)…

Je pense que l’organisation de telles rencontres, par petits groupes d’une vingtaine de GJ, dans toutes les villes, tous les villages, dans les campagnes et – ah oui puisque vous y tenez  ! – sur vos ronds-points, aurait un effet subversif irrésistible. En moins de deux, les GJ casseraient l’image déplorable que construisent d’eux les médias morveux.

Vous voyez l’intervention des forces de l’ordre, vous, au milieu d’un apéro et des rires ? Moi oui. En faisant preuve de patience, il n’est pas impossible qu’eux aussi se rapprochent, mais sans casque, ni grenade, ni LBD… pour trinquer (attention, un seul petit verre !).

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.