Crise de la « Grande perdition » : l’étendue des dégâts

Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir annoncé : la déroute du système financier, la désintégration de l’Union européenne, l’hémiplégie américaine galopante, les contrecoups meurtriers de cette crise de la « Grande perdition » sur les économies émergentes… Tout cela est en train de se  parachever dans un chaos systémique étourdissant.

1. L’Union européenne en miettes

Qui croit encore que la Grèce remboursera ses fichues dettes ? Qui croit que l’Espagne sauvera ses banques sinistrées ? Qui croit que le reste du système financier européen échappera à la gangrène des banques espagnoles et grecques ? Dernière blague en date : une union miraculeuse des banques pour sauver les brebis galeuses.

L’UE est entrée en état de désintégration avancée. La multiplication fébrile des réunions au sommet, où chacun y va de son placebo miracle (ah les eurobonds !), tient d’une unité de soins palliatifs dépassée. Ne reste plus à la Troïka et à ses affidés que les menaces même plus dissimulées, où la sournoiserie des uns côtoie l’obscénité des autres.

<< La question  [de l’exclusion de la Grèce de la zone euro, ndlr] se posera sans doute.  Elle pourrait se poser si les Grecs eux-mêmes ne respectent pas leur engagement [en matière de politique d’austérité renforcée, ndlr] à l’issue du scrutin du 17 juin >> (Pierre Moscovici, ministre socialiste des Finances, 3 juin 2012)

<< Si vous [les Grecs, ndlr] faites défaut sauvagement, nous vous abandonnerons aux Turcs ; à vous de choisir >> (Jacques Delpla, économiste, membre du Conseil d’analyse économique qui conseille le Premier ministre français, 1er juin 2012)

Pendant ce temps, l’état de l’économie réelle ne cesse de se détériorer, le retour de la récession est officielle en zone euro et les gazettes gagneraient à rapprocher la rubrique quotidienne des plans sociaux avec celle des petites annonces nécrologiques.

2. L’hémiplégie américaine

Ça y est, le taux de chômage officiel US est reparti à la hausse. Et je ne parle pas du taux de chômage réel — celui qui n’est pas trafiqué par les charlatans de l’illusion — qui, lui, n’a cessé de se dégrader pour tourner autour des 20% ! Et qui est en train de mettre à sac les cinquante États américains.

À l’image de JP Morgan et de ses pertes colossales qu’on n’ose même plus faire porter aux seuls égarements de quelque trader indélicat, les banques américaines ne valent guère mieux que leurs consœurs européennes.

La reprise américaine a évidemment fait long feu, à mesure que les tombereaux de dollars émis par la planche à billets de la Fed se grillaient. Dès la fin de l’année, la question du plafond de la dette, sans cesse pulvérisé, se reposera crûment aux Républicains et aux Démocrates en pleine campagne électorale.

Plus grave, le fait que les États-Unis pouvaient faire supporter le poids de leur dette au monde entier du fait de la situation du dollar comme monnaie d’échange internationale vient de subir un sacré coup de canif avec la décision de la Chine et du Japon de commercer désormais directement dans leurs monnaies nationales.

3. Les émergents à la peine

Les émergents, tiens, parlons-en ! Ceux-ci dont l’économie repose précisément sur les exportations sont en train de subir les contrecoups de la crise occidentale et de la pluie de dollars Monopoly émis par l’oncle Sam en panique.

Croissance en berne (Brésil) ou fortement ralentie (Chine, Inde), rongée par l’inflation, au point de mettre à mal les bulles qui constituent le tout-venant de ces économies aux pieds d’argile.

La gigue des pantins

Devant cette accumulation de calamités, que croyez-vous que fassent les pantins des G machins ? Rien, toujours rien ! Ils dansent, ils paradent, ne prennent toujours strictement aucune décision, ou les mauvaises, comme s’ils voulaient précipiter le mal qui les frappe en un suicide retentissant de toute leur secte politico-financière.

<< Comme chez les animaux ou les cancéreux, il y a d’une certaine manière un moment où un système, qui n’est plus en état de fonctionner, abandonne et précipite son processus de disparition >> (Paul Jorion, 1er juin 2012)

Bon, je vais encore me faire engueuler par ceux qui disent que je ne présente que le côté noir du panorama. Sauf qu’à mes yeux, cette « Grande perdition » d’un système exécrable est salutaire, indispensable, urgente. Sauf que les lueurs « indignées » apparues il y a maintenant une année s’enrichissent désormais de programmes de plus en plus structurés.

L’humain d’abord, toutes langues confondues

Le plus curieux est que, sans s’être véritablement consultés, de Syrisa à « L’humain d’abord » de notre Front de gauche, ces programmes reprennent à de petites nuances près des mesures identiques.

Non pas les idées fumeuses caracolant sur des idéologies absconses, mais celles marquées au coin du bon sens, frappées du sceau des préoccupations sociales. Similaires à celles que j’avais développées dans mon petit programme dès mars 2009. Et qui commencent par trois impératifs incontournables :

  • le gel pur et simple d’une dette surréaliste ;
  • la mise en place d’un nouvel ordre monétaire ;
  • l’apaisement des esprits égarés (le plus dur !).

Ces projets sont encore loin d’être majoritaires dans l’opinion, feront valoir les « suicidés » consentants du système moribond. Chose vraie, mais seul et ultime espoir ténu d’échapper à l’enfer. Et les civilisations naissent toujours d’idées minoritaires, sur les ruines des précédentes.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.