Les trois faux-pas européens de François Hollande

Ça y est, il est entré dans le grand bain, notre nouveau président. Et il essaie tant bien que mal de faire bonne figure. Il se hasarde même à prendre des positions qu’il essaie de présenter comme originales. Voyons voir : trois propositions majeures.. et trois fours assurés !

1. Le mirage des eurobonds

François Hollande s’est mis en tête de devenir le chantre des eurobonds. J’explique aux ignares : les eurobonds — en gros, « obligations européennes » — visent à mutualiser les dettes de chaque pays membre de l’UE au niveau européen. Objectif : obtenir les taux le plus bas possibles pour les nouveaux emprunts destinés… à éponger les anciens ! En se reposant sur les pays les plus solvables.

Vous avez tout de suite compris : c’est l’Allemagne qui va supporter à elle seule tout le poids des dettes (grecques ou espagnoles comprises). Allez savoir pourquoi Frau Merkel est farouchement contre. Et demandez-vous pourquoi la France du président Hollande, comme tous les pays les plus faibles, est obstinément pour.

Outre que cette proposition d’eurobonds n’est guère nouvelle, on passera sur le fait que mutualiser des dettes aussi insupportables les unes que les autres ne les rend pas plus supportables quand on les a toutes rassemblées.

Permettre à la BCE de prêter directement aux États en difficulté, serait bien plus simple. Mais guère plus efficace, comme on le mesure aux États-Unis avec la Fed. Car ce ne sont plus tant les taux d’intérêt pratiqués qui importent, que le volume ahurissant des dettes globales accumulées.

2. La croissance en avant (presque) toute

Autre Rossinante de bataille du nouveau président français, l’appel claironnant à la reprise de la croissance.

Un petit problème : il n’y a que deux façons de relancer la croissance à l’ancienne :

  • par la dépense publique, mais halte-là, pas question (Hollande dixit) de remettre en cause la rigueur budgétaire (traduisez « austérité ») destinée à nous permettre de rembourser notre dette ;
  • par la reprise de la consommation privée, mais ho, ho, doucement les basses, voulez-vous coulez nos entreprises ? Le coup de pouce au Smic et autres joyeusetés sociales du même type, on verra plus tard !

Outre que cet appel un brin désespéré à la croissance productiviste sent le sapin, on peut parier que notre cher Hollande, comme ses confrères européens en importance, parera surtout au plus pressé, sinon au sauve-qui-peut désordonné.

3. Maintenir la Grèce dans la zone euro

Vous avez lu les titres unanimes de la presse microcosmique ? Hollande << déterminé à tout faire >> pour maintenir le soldat grec dans la zone euro. Que d’abnégation ! Que de générosité !

Juste un bémol à qui sait lire les attendus de cette déclaration amoureuse passionnelle :

<< Je ferai tout ce que je peux faire dans la position qui est la mienne pour convaincre les Grecs de choisir de rester dans la zone euro en respectant les engagements qui ont été pris. >>

Hého, mais dites donc les gars, << les engagements qui ont été pris >>, c’est le respect du tristement fameux « memorandum 2 » de la Troïka, le maintien ferme de la politique d’austérité initiée en son temps par un certain Papandréou, cette politique absurde qui a ruiné les Grecs et a précipité leur pays, non vers la croissance, mais dans la récession.

Retour donc à la case départ. Fermez le ban. À peine arrivé, François Hollande s’est coulé dans le moule des dirigeants européens, égarés, dépassés, une nouvelle fois réunis en un énième sommet << informel >> à Bruxelles. Et qui vient de s’achever par cette désopilante pirouette :

<< La zone euro veut garder la Grèce mais se prépare à sa sortie, au cas où >> (AFP)

A propos de Pierrick Tillet 3653 Articles
Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation.