L’erreur de Jean-Luc Mélenchon

De l’avis quasi général, Jean-Luc Mélenchon a fait la meilleure campagne de ce premier tour. De tous les candidats, il présentait le seul programme structuré qui vaille. Pourtant, même s’il est moins décevant que le prétendent certains, le résultat n’est pas à la hauteur des espérances de l’intéressé.

L’indéniable succès de librairie de « L’Humain d’abord », ouvrage-projet du candidat Front de gauche, montre qu’il y avait une forte attente du public en matière de mesures urgentes à mettre en place.

Outre le plafonnement des hauts revenus, Jean-Luc Mélenchon fit porter sa priorité sur l’annonce d’un SMIC à 1700 euros.

Une erreur de priorité

C’est oublier le nombre considérable d’électeurs qui ne bénéficient même pas de ce revenu minimum, faute de travail (les jeunes, les chômeurs), faute d’emplois suffisamment rémunérateurs (salariés précaires, paysans et commerçants pauvres), faute de pensions et d’allocations à la hauteur (RSA, retraités…).

À la parution de ce programme, j’avais émis des réserves sur au moins deux points :

  • Un projet si évidemment basé sur le plein-emploi ne peut convaincre les électeurs qui savent que le plein-emploi est une idée morte depuis plus de trente ans ; pire, constatent dans leur chair l’érosion ininterrompue et même accélérée du marché du travail ;

  • J’avais rappelé que la priorité ne me semblait pas l’augmentation de ce salaire minimum, mais la garantie pour tous (travailleurs ou non) d’un revenu minimum vital décent, permettant à chacun de subvenir à ses besoins basiques en matière de logement, de vêtements, de nourriture, de santé et d’éducation. Autant de choses tout à fait possibles dans un pays riche comme le nôtre.

Un vide non comblé

Faute de l’avoir compris, Jean-Luc Mélenchon n’a pas su attirer à lui des voix qui se sont reportées en désespoir de cause sur Marine Le Pen.

Marine Le Pen ne donna pas non plus de garantie à la multitude des précaires, mais elle sut répondre aux fantasmes et aux phobies qui frappent tous les déshérités du monde : la peur, voire la haine de l’autre, l’attrape-misère des vieilles valeurs rances,..

Marine Le Pen fit la seule chose à portée du Front national : maquiller le vide. Faute d’avoir su combler celui-ci, Jean-Luc Mélenchon rata en partie le coche. Enfin pour un temps, car acte manqué peut toujours se rattraper, n’est-ce pas ?

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