Séisme Mélenchon : la réplique du référendum de 2005

Le phénomène Mélenchon a tout du séisme meurtrier. Du moins aux yeux d’un microcosme ébranlé en ses certitudes. Lors du déchaînement des éléments naturels, bien plus passionnant que la description clinique du phénomène, est la réaction de ceux qui le subissent. Et là, purée, on est servi !

Daniel Schneidermann, sur Rue89, fut le premier à pointer la furie hébétée des fourmis bousculées en leur pépère traintrain : Yves Calvi, sur France 3, réussissant le tour de force de traiter du « phénomène Mélenchon »… en ne conviant à son émission que des invités hostiles au phénomène !

Personne, vraiment, de disponible à la défense ? Aucun chroniqueur de disponible à l’Humanité, pas un chat défenseur du diable à Politis, monsieur Calvi ? On ne le saura sans doute jamais. Mais qu’importe aux vipères.

La fourmilière microcosmique affolée

Alain Duhamel, chroniqueur hors d’âge bien connu des caciques, fit fort en matière de perfidie fielleuse dans une chronique publiée dans Libération [c’est moi qui souligne ce qui va suivre, et je m’en excuse tant le gras y est de mise] :

<< Il y a le candidat, rugissant de tribune en tribune, tempêtant de studio en studio, avec son tempérament dévastateur, ses emportements incessants, ses trouvailles cocasses et ses injures déplaisantes. >>

Laurent Joffrin, directeur d’un hebdomadaire de gauche féru en châteaux et demeures de charme, fit donner — entre autres — l’artilleur Serge Raffy avec photo bien sanglante de la cible à l’appui :

<< Il faut les voir dans les dîners de la banlieue chic, ceux de Neuilly-sur-Seine ou de Sèvres, se pâmer devant leur nouvelle idole. Jean-Luc Mélenchon, le petit père des peuples version gauloise est devenu le chouchou de Sarkoland…  >>

Mélenchon vu par le Nouvel Observateur
Mélenchon vu par le Nouvel Observateur (montage : Le Yéti)

Dominique Seux, éditorialiste des Échos et intervenant sur France Inter, y alla de son couplet incendiaire, sans même être contredit par son contradicteur, Bernard Maris, qui bien au contraire enfonça un programme économique qu’il avouait pourtant à la même minute n’avoir pas lu :

Bernard Maris (s’esclaffant) : << C’est 36, 44, 81, ce programme ! Tout ce qu’il propose à été fait !…  Mais je laisse la parole à l’accusation [rires] >>
Dominique Seux (ironisant) : << Ce qu’il faut en dire de ce programme, et je l’ai relu, c’est qu’il est copieux, parfois indigeste il faut dire… >> [et tatati, et tatata, ndlr]

J’arrête là les exemples. Pas un seul jour où nos outrecuidants patentés ne s’épanchent en propos et jugements vénéneux sur l’intrus tonitruant qui vient bousculer le confort cossu de leur fourmilière.

Car n’en déplaise au titre de l’émission de Calvi, le candidat du Front de gauche n’affole décidément pas que « la campagne ». D’autant que le candidat de substitution socialiste cher à ces courtisans, mène lui une campagne qu’ils savent inepte.

Aigres souvenirs des « ouistes »

Ça ne vous évoque rien, cette pathétique levée des boucliers ? Si, si, rappelez-vous, la charge de la brigade lourdingue des « ouistes » lors du référendum sur le projet de constitution européenne en 2005.

Rappelez-vous, ils avaient tout pour eux. Les sondages, les leçons de morale, la marche forcément inexorable de l’Histoire (la leur)…  Et puis, patatras !

Les sondages, les chroniqueurs, les spécialistes en cour et en n’importe quoi, c’est formidable, mais ça ne marche que durant les périodes plan-plan, sans dangers aucuns pour leurs intérêts bien compris.

Aujourd’hui, changement de décor. La crise de la « Grande perdition » est en train de botter le cul à ces suffisants et à leur suffisance, en les rappelant à d’aigres souvenirs.

Car nul n’est assuré en fait de ce qui adviendra au soir du premier tour de la présidentielle. Surtout pas eux. Et c’est bien ce qui leur est intolérable. Ils ont raison de s’inquiéter. Un grand ménage pour rétablir le pluralisme de l’information s’impose, question de salubrité démocratique.

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