Ces terroristes qui sont nés quelque part

Lors de l’émission « Le téléphone sonne » sur France Inter le 21 mars, l’animateur Pierre Weill eut une expression symptomatique à l’endroit du meurtrier Mohamed Merah. Pierre Weill s’adressait à Jean Arthuis, soutien de François Bayou qui, à propos des évènements de Montauban et de Toulouse, avait stigmatisé une << société malade de ses divisions >>.

<< Quand on voit le profil de ce tueur aujourd’hui, on peut peut-être dire que François Bayrou était hors sujet. Car là, ça n’a rien à voir, on a affaire à un terroriste ! >>

C’est à mon sens oublier un peu vite que ce Mohamed Merah était né quelque part. Sur les « lieux du crime », si j’ose dire, à Toulouse, dans le quartier des Izards. et qu’il y vivait toujours, avec sa famille. Et qu’il était bien français, bien que d’origine algérienne.

La folie des âmes désemparées

Seulement voilà, Mohamed Merah se réclamait de l’Islam, disait avoir agi pour << venger ses frères >>, avait séjourné en Afghanistan. Mohamed Merah n’était plus qu’un « terroriste ». Son exclusive patrie et sa seule inspiration devenait sa foi. Mon ami Lancêtre se chargea de me le rappeler :

<< Excuse-moi, Yéti, mais sur ce coup-là, tu dérailles complètement. Cet assassin n’est pas la victime d’une quelconque stigmatisation. Il se proclame « musulman ». C’est lui qui le dit. Une communauté « souvent montrée du doigt » ? Comme c’est vilain ! Mais quelle autre religion prétend imposer à toute la société le respect de règles moyenâgeuses, sous peine de mort ? >>

Le problème, c’est que jusqu’au déchaînement de sa folie meurtrière, Mohamed Merah ne s’était guère distingué par son attitude et ses revendications mystiques. Qu’il avait surtout été condamné pour des faits de droit commun. Qu’à l’issue du drame, ses proches se montrèrent totalement interloqués par ce qu’il venait de faire.

Anders Behring Breivik, l’assassin norvégien se réclamait, lui, du fondamentalisme chrétien et de l’anti-islamisme forcené. Si on le qualifia de terroriste, nul ne mit en cause la religion dont il se réclamait. La cour de justice norvégienne mandata deux psychiatres pour évaluer la faculté de discernement de ce tueur fou. Ceux-ci conclurent à l’irresponsabilité.

Deux poids, deux mesures ? Non, le témoignage d’une société vraiment malade, sans doute moins de ses divisions comme le disait François Bayrou, que de l’explosion de ses repères.

À ce stade, les fondamentalismes religieux quels qu’ils soient — chrétien, musulman, juif — ne sont en rien les moteurs des crimes commis en leurs noms. Ils sont le point de fixation auquel se raccrochent les âmes désemparées. Comme jadis, d’autres effarés se réfugièrent dans les théories nazies sur un monde aryen purifié.

Nés de société malades

Nos sociétés ne sont pas malades des fondamentalismes, elles les sécrètent parce que malades. Comme elles sécrètent les monstres qui les ensanglantent au nom de ces fondamentalismes.

Mohamed Merah ou Anders Behring Breivik ne sont pas les envoyés vengeurs et extra-terrestres d’un quelconque Dieu fulminant. Ils sont avant tout des gens nés quelque part. Dans notre monde à nous. Dans nos cités. Et ils vivent à deux pas de nos maisons. Douloureusement. À en devenir fous.

Comme ces fous furieux qui finiront par donner la chasse aux Roms, excités par des politiques de boucs émissaires chargées de protéger des intérêts bien compris menacés d’une « Grande perdition ».

Comme ceux qui en Afghanistan ou en Irak massacrent des villages de civils du haut de leurs drones. Au nom du bien.

Mais une fois ce douloureux constat établi, reste à trouver les remèdes pour enrayer cette maladie hélas galopante. Et là, c’est une tout autre paire de manches. Car encore faudrait-il que nous nous montrions moins fous que les fous de Dieu.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.