La mondialisation, c’est le partage ?

Voici rassemblés dans un même billet, deux petites contributions sur les notions de mondialisation et partage, initialement publiées sur Newsring. Deux contributions à la teneur en apparence contradictoire, et pourtant…

La mondialisation est un leurre

La mondialisation — dite aussi globalisation – est un de ces leurres[1] bien pensants dont nous abreuve, au fil de l’histoire, une pensée unique toujours très intéressée. Un peu comme fut jadis au colonialisme l’évangélisation salvatrice des sauvages, ou aujourd’hui la vertueuse défense de la liberté… des marchés !

Qui s’oppose à d’aussi nobles, aussi fraternelles idées de partage universel et de liberté est d’autorité qualifié de ringard, d’égoïste ou, en désespoir de cause, d’abruti aux ordres de l’étranger.

Il est marrant de constater que ceux qui ne jurent que par l’effacement des frontières passent de plus en plus de temps à y reconduire les clandestins sans papier.

Non, la mondialisation n’a évidemment rien à voir avec cette idée de partage harmonieux que nous vendent les charlatans. Elle est un masque grimacier qui ne vise qu’à faire triompher, à l’échelle de la planète, la loi sans pitié des plus forts. Ceux de la finance internationale aujourd’hui, par exemple.

La mondialisation, ce sera (peut-être) le partage forcé

Après « la mondialisation est un leurre » où j’analysais l’utilisation de la mondialisation par le clan des plus forts pour assoir leur pouvoir planétaire, voyons ce que la mondialisation peut apporter comme partage[2] au monde entier.

Ce que l’on constate, c’est que la mondialisation a fait exploser les barrières qui protégeaient les nations les plus riches (dite en gros « occidentale ») de la piétaille des pays (dits pudiquement « en voie de développement »). Et convenons que les populations — c’est-à-dire nous-mêmes — de ces pays favorisés en ont largement profité, toutes classes confondues, sans trop y trouver à redire. Quitte même à fermer les yeux sur le pillage des autres territoires (colonisation, main-mise sur les ressources naturelles, etc.).

Or, de fait, on assiste depuis les débuts de la mondialisation à une tendance vers le nivellement des conditions de travail. Voilà même que ce travail est partagé au niveau planétaire (grâce, oui, au phénomène des délocalisations).

Humainement parlant, on ne devrait que se réjouir d’une telle convergence vers l’égalité entre tous. Le problème, c’est que le clan des forts s’ingénie à ce que ce nivellement s’effectue évidemment par le bas, en faisant foin de toutes régulations et protections sociales. Dans le seul but d’en engranger tout seul les énormes bénéfices.

L’autre problème, mais pour le clan des plus forts cette fois, c’est que la Grande crise pourrait bien faire voler en éclat cette situation de privilège en pulvérisant l’arme principale des riches : leur système financier. On note par ailleurs depuis quelques temps une certaine convergence des révoltes sociales : révolutions arabes, émeutes chinoises, mouvements revendicatifs dans les pays d’ex-Europe de l’Est…

Petit à petit, il se pourrait bien que la mondialisation tende, même dans la douleur (surtout pour les populations occidentales riches que nous sommes), à niveler les conditions de vie à l’échelle planétaire. Et de facto, à favoriser le partage des richesses à une échelle plus vaste que celles du bloc dit occidental.

Conditionnel de rigueur, mais aventure à suivre avec intérêt.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.