Jeudi 8 mars 2012, 20h00 : le sort des banques est scellé

La plaisanterie est terminée ! Le jeudi 8 mars 2012, à 20h00 GMT dernier carat, le système bancaire privé devra avoir pris une décision historique qui va sceller son destin. Dans les deux cas, il est perdant. Les mouches de la « Grande perdition » auront changé d’ânes.

Le jeudi 8 mars 2012 à 20h00 GMT dernier carat, les créanciers privés de la Grèce devront avoir accepté d’effacer 107 milliards d’euros sur les plus de 350 milliards que leur doit encore le malheureux pays en faillite.

75% de ces établissements devront avoir avalisé ce cadeau empoisonné, faute de quoi le énième et dernier plan miraculeux de sauvetage, concocté à la diable sous l’égide de la Troïka infernale, ne pourra pas s’appliquer. La Grèce sera déclarée en état de faillite incontrôlée.

Un jeu à qui perd, perd

Le dilemme qui se pose à nos grigous est cornélien :

  • soit ils avalisent la perte de 107 milliards, sans avoir aucune certitude de pouvoir récupérer le reste ;
  • soit ils refusent et ils sont sûrs de perdre le tout.

Les plus calculateurs d’entre vous diront qu’à tout prendre la première solution ferait gagner au moins un peu de temps et un mince espoir.

C’est sans compter sur la situation aléatoire de ce petit clan qui croyait tenir le monde dans ses coffres : ces trois derniers mois, les banques européennes ont sucé comme des mortes de soif plus de 1000 milliards d’euros à la BCE, soit plus que la totalité de la dette grecque !

C’est sans compter sur le fait qu’un tel « évènement de crédit » ne tomberait évidemment pas dans les oreilles des sourds éclopés irlandais, portugais, espagnols, italiens…

Le débiteur se rebiffe

La Grèce, premier d’entre tous ces fauchés, se retrouve paradoxalement en position de force et menace : les créanciers privés qui n’avaliseraient pas l’effacement partiel de leur ardoise subiraient en priorité les conséquences du défaut hellène. Pan sur le bec !

Mais, me direz-vous, que font les autorités européennes ? Les pauvres ont depuis longtemps pété les plombs, débitant leur délire avec la grâce balourde d’acteurs ringards dans une farce de patronage :

<< La zone euro voit s’éloigner la crise de la dette. Les responsables européens ont peu ou prou proclamé cette semaine la fin de deux années de phase aiguë de crise de la dette et de craintes autour de la survie de la zone euro >> (AFP, samedi 3 mars 2012)

Vous avez bien lu la date ? On ne saurait être plus stupidement clairvoyant, d’autant que dès le lundi, l’euphorie en prenait un sacré coup avec un nouveau gadin des places boursières, américaines et asiatiques comprises.

L’incendie propagé

Car précisément, l’incendie n’est pas circonscrit à l’Europe. Le fric sur lequel les banques privées européennes vont à coup sûr devoir s’asseoir, volontairement ou non le jeudi 8 mars à 20h00 GMT, elles le doivent !

Entre autres à leurs consœurs américaines ou asiatiques. En situation beaucoup plus précaire que ne veulent le croire les éternels gogos. Vaste chaîne mortifère qui lie ce si petit monde décrépi.

Et où tout se précipite. Ami lecteur, quand tu découvriras ce billet, les banques privées se seront peut-être déjà tiré le coup dans le pied (gauche ou droit, c’est le seul choix qu’il leur reste). Et il te suffira d’attendre le 20 mars pour assister à l’épisode suivant.

Le 20 mars, l’Europe devra avoir avalisé un prêt à la Grèce de 113 milliards d’euros… qui ne sera jamais remboursé. Ou la Grèce se trouvera dans l’impossibilité de rembourser les banques privées.

<< Allo, bonjour, ici la crêperie de chez Papy.
— Salut Papy, mets-moi un tajine de côté et sors le verres. J’ai une histoire de cons à te raconter… >>

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