Statistiques : Français et Américains, rois de l’embrouille

Formidable, les prévisions de l’Insee annonçant une croissance « inattendue » de +0,2 % au quatrième semestre 2011 (+ 1,7 % en un an) ! Épatante, cette irrésistible baisse du chômage ramené à 8,3 % de l’autre côté de l’Atlantique ! Ah, illusion quand tu nous tiens, surtout en période électorale…

La croissance française… avant révision

Le problème, c’est que les chiffres de la croissance française pour 2011, triomphalement claironnés sur tous les médias, ne sont qu’une « première prévision » de l’Insee. Que toutes ces premières prévisions sont toujours suivies d’une « révision » quelques semaines plus tard.

Et que depuis le début de la crise de 2008, toutes les « premières prévisions » de l’Insee ont toutes été revues à la baisse. Toutes ! Exemples en 2011 :

  • 1er trimestre : croissance annoncée de 1 %, révisée à 0,9 %
  • 2e trimestre : croissance annoncée de 0 %, révisée à -0,1 %
  • 3e trimestre : croissance annoncée de 0,4 %, révisée à 0,3 %

Mieux encore, l’Insee dispose d’un peu plus d’un an pour consolider définitivement ces résultats. Or la correction constatée par rapport à la prévision initiale est en moyenne de 0,35 point selon Éric Heyer de l’Observatoire des conjonctures économiques.

Faites les comptes, la croissance française de 2011 a toutes les chances d’être inférieure à 1,5 %, bien loin, quoi qu’essaient de faire croire les médias, de l’objectif de départ du gouvernement qui était de +2 %, et non ce 1,75 % sorti tardivement du chapeau en octobre pour ne pas paraître ridicule.

L’entourloupe des chiffres du chômage US

Ne croyez pas que les Français soient les seuls à jouer de ce genre d’entourloupe. Les États-Unis sont passés maîtres en la matière. En témoignent l’évolution extravagante de leurs chiffres du chômage. << Pur traficotage, du grand banditisme ! >> fulmine Olivier Delamarche, consultant sur BFM Business.

En cause, la manipulation du « taux de participation de la population active » qui exclut artificiellement du calcul du chômage tous ceux dont on considère qu’ils ne recherchent pas ou plus suffisamment activement un emploi (1,2 million de personnes rien qu’en décembre, précise Delamarche). Mathématiquement, le taux de chômage s’en trouve automatiquement affecté à la baisse.

<< Depuis le début de l’année, on ne cesse de baisser ce taux de participation de la population active. Il est aujourd’hui de 63,7 %. À 58 %, il n’ y a plus de chômage aux États-Unis, alors que 15 % de la population américaine vit de tickets alimentaires ! De qui se moque-t-on ? >>

Dans une analyse pointue dont il a le secret, Olivier Berruyer, les-crises.fr, confirme l’arnaque. Et réintègre dans ses propres calculs les personnes indument exclues par la manipulation de la variable perverse, plus tous ceux ayant perdu leurs droits à l’indemnisation du fait de l’allongement considérable de la durée du chômage :

<< On observe ainsi qu’aucune amélioration notable n’a eu lieu depuis 18 mois, et que le taux de chômage complet est proche des 20 %. Dramatique… >>

Ça va, cher lecteur ? Tu as vu ? Le souci, vois-tu, ce n’est pas qu’il existe de tels stratagèmes somme toute assez grotesques et ridicules, mais qu’il y ait tant de neuneus pour les gober et les répercuter.

Pour aller plus loin :

Analyse détaillée du chômage américain (1/2) – Olivier Berruyer, les-crises.fr
Analyse détaillée du chômage américain (2/2) – idem

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