Boxe systémique : les « prophètes » vainqueurs des « experts » par chaos

Un match sanglant ! Le délitement accéléré de la situation systémique mondiale donne finalement  raison à ceux que l’on (dis)qualifie de « prophètes » contre ceux qui se posent en « experts » patentés.

Dans son « Temps qu’il fait » du 18 novembre 2011, Paul Jorion distingue « prophètes » et « experts », selon que les uns se situent hors du cadre et que les autres restent solidement accrochés en dedans.

En dehors du cadre, rien ?

Le cadre, en l’occurrence, c’est la religion officielle. L’expert est le grand prêtre de cette religion, aussi unique que la pensée du même nom.

Le prophète n’est que le vague gourou des sectes périphériques, rejeté, ignoré, dédaigné, comme tout ce qui est périphérique aux religions officielles. D’autant que depuis quelques années, ce mécréant annonce la fin du cadre révéré par l’expert, ce qui agace prodigieusement ce dernier.

Le prophète ne prophétise évidemment rien du tout. Il tente de tirer enseignement des analyses qu’il fait d’une situation complexe donnée et d’en anticiper les conséquences.

L’expert n’examine les situations qu’à travers le tamis de son catéchisme. Ses conclusions relèvent presque systématiquement de la profession de foi mystique.

Le prophète a toujours tort, même quand au bout compte les faits lui donnent raison.

L’expert reste inébranlablement un expert, même lors que la réalité lui a donné tort, qu’il a conduit sa petite entreprise (un État ou une banque, par exemple) à la faillite.

L’ombre et la lumière

Le prophète s’arrache les cheveux devant l’immensité cosmique des possibilités qui s’offrent à lui.

L’expert réduit la réalité à son strict cadre. Tout ce qui n’existe pas à l’intérieur du cadre, n’existe pas du tout. Annoncer la fin de son cadre à lui, c’est tout bonnement annoncer la fin du monde.

Le prophète est un loup un peu misérable et solitaire. La nuit, il tente de retrouver quelques congénères. On dit qu’ils échangent à mots couverts, sous la lune vacillante, quelques terribles secrets. Les prophètes sont toujours des prophètes de malheur.

L’expert vit dans la lumière éclatante des projecteurs, suivi comme pain béni par la foule des ouailles qui reprend en chœur ses refrains. Ou s’agenouille.

L’expert bénéficie même d’un étrange allié : l’anti-cadre. Celui qui lutte (enfin, c’est ce qu’il dit) contre le cadre de l’expert tout en admettant son invincibilité :

<< Les capitalistes, y gagnent toujours ! Les pauvres, y paient toujours ! Les prophètes, c’est rien que des Bisounours ! >>

Le pif qui saigne

Le prophète tente de relier les multiples faisceaux de la réalité pour tenter d’en mesurer la perspective générale et en comprendre le sens.

L’expert s’accroche à un détail savant, si possible incompréhensible du commun des fidèles, pour tenter de réduire à sa merci une réalité générale qui le dépasse.

L’expert : << Qu’est-ce que vous lui trouvez à ma bagnole ? Regardez ce pneu, un peu lisse, certes, mais toujours en état de rouler ! >>

Le prophète : << Euh… mais les trois autres, tous crevés, déchiquetés, les jantes en bouillie… ? >>

Quand un expert est à bout d’argument face à un prophète, il exige de lui son curriculum vitae : quel diplôme, combien d’années d’étude après le bac, quelle reconnaissance par quelle académie … ?

Aujourd’hui, le prophète sue sang et eau pour imaginer un cadre en remplacement de celui de l’expert, complètement pulvérisé.

Agrippé à son épave, sonné, l’expert a le pif qui saigne et les côtes endolories.

Un "voyageur à domicile" en quête d'un changement de civilisation, mais qui n'attend pas "le monde d'après" pour commencer à vivre.