Des Gilets jaunes dans une manifestation « contre l’antisémitisme » : prolophobie

Des Gilets jaunes dans une manifestation « contre l’antisémitisme » : prolophobie

Mardi soir, j’ai participé – en gilet jaune – à une manifestation contre l’antisémitisme. Accueil…

Les Gilets jaunes occupent un terrain vague qui appartient à la municipalité. Une caravane, une grande cabane faite de palettes et de bâches, une cuisine, des tables et chaises, un brasero, des calicots le long de la bretelle qui conduit à l’autoroute, un gilet jaune tout en haut d’un mât en guise de drapeau. C’est le énième campement installé dans notre ville : les autres ont été virés au bulldozer sous la protection des flics.

En début de soirée je suis à la cabane. On vient tout juste de placarder un nouvel « arrêté d’évacuation » signé par le maire. L’option serait plutôt de partir juste avant d’être virés afin de récupérer le plus gros du matériel. On projette déjà l’emplacement du prochain campement. Hésitation entre deux sites. Avantages et inconvénients.

Tous unis contre ces salopards de Gilets Jaunes

Une femme en gilet jaune de mes relations nous accoste. « Faut qu’on aille à la manif contre l’antisémitisme qui se tient au centre-ville et qui est en train de tourner au meeting de front commun droite-gôgôche tous unis contre ces salopards de Gilets Jaunes. »

Je n’avais certes pas prévu de me rendre au pince-fesses mondain ! Mais la copine qui survit avec l’AAH – elle milite chez les Insoumis et on se connaît depuis des années – n’a pas besoin d’argumenter beaucoup pour me convaincre.

« Moi, je te crois ! » Ce slogan des femmes espagnoles en soutien à une jeune femme violée, il faut le mettre en application…

Bal mondain chez la duchesse

Et c’est ainsi que je me retrouve au milieu des cravates et des vêtements de bonne coupe. J’ai mis le gilet jaune qui traîne le plus souvent sur le tableau de bord de ma voiture. Je ne le porte presque jamais au campement…

On se retrouve ainsi une poignée avec le fameux gilet. Les yeux sont des fusils. Les gens se détournent pour regarder ces étranges animaux sauvages. D’aucuns ont le silence d’une légèreté enclumière. D’autres parlent avec véhémence et force gestes vigoureux. Il n’y a pas une minute que je suis là qu’un pépé, plus de 80 ans, m’agresse verbalement et serait bien prêt à jouer des poings. C’est un vieux militant ex-socialiste – il nous connaît tous les deux – qui intervient pour calmer le vieillard qui préfère partir plutôt que de parler posément.

Discussion avec quelques personnes. Un gars, qui me connaît, joue les modérateurs et ne cesse d’égrener aux autres tout ce qu’il sait de mes années de militantisme tous azimuts. Tandis que deux douzaines écoutent dans un climat hostile à couper au couteau. Comme un petit garçon pris en faute je dois notamment expliquer ce qu’est le beau coquelicot stop-pesticides de « Nous voulons des coquelicots » attaché à mon gilet.

Prolophobie

Un point remarquable. Si je n’avais pas mis le sujet sur le tapis, nous n’aurions pas parlé un instant d’antisémitisme. Par contre, les discussions ont roulé en permanence sur ces gueux qui nous font chier. J’ai mangé une ration de prolophobie comme jamais encore de ma vie. La haine de classe, pourtant, je croyais bien connaître. Avec la haine des glaneurs, des clochards et des zonards, je pensais avoir vu le sommet de la pauvrophobie. Mais ce soir, je ne l’avais encore jamais éprouvée avec une telle violence.

  • Les mères seules qui galèrent ? Elles n’ont qu’à faire payer les pères des gamins !
  • Les AVS et AESH ? Elles n’ont qu’à faire plus d’heures de travail si elles veulent gagner plus ! Et elles ne sont pas mal payées pour des emplois non qualifiés !
  • Les pensions faméliques ? Ils auraient de meilleures retraites s’ils avaient travaillé et cotisé davantage !
  • Les chômeurs ? Ils se la coulent douce et ne cherchent pas d’emploi !
  • Le Smic à augmenter ? Et pourquoi ils ne participent pas à la NAO, négociation annuelle obligatoire, pour demander l’augmentation à leurs patrons !
  • Ceux qui ne demandent pas les aides sociales auxquelles ils ont droit ? L’impression de mendier et le fliquage sont indispensables faute de quoi il y aurait trop de demandes !
  • L’emploi éloigné de chez soi ? Ils n’ont qu’à déménager à chaque nouvel emploi ! C’est un peu facile de se plaindre de l’augmentation du carburant !

J’en oublie sans doute dans ce feu roulant auquel j’ai été soumis…

J’ai plaidé pour le rapprochement entre les prolos et la « classe moyenne ». Mon insistance au sujet de l’effondrement en cours de cette classe au nom usurpé passait assez bien.

Ce que j’ai vu n’était pas une manifestation contre l’antisémitisme mais plutôt les prolégomènes d’un pogrome contre les prolos. Et, tandis que j’écris dans une maison tranquille, ça me fait bien plus peur qu’au milieu de la foule hostile.


Une vie en gilet jaune. « Quelle vie ont eu nos grand-parents / Entre l’absinthe et les grand-messes / Ils étaient vieux avant que d’être / Quinze heures par jour le corps en laisse / Laissent au visage un teint de cendres. » Pascal Rinaldi chante « Jaurès » de Jacques Brel.


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C’est tout !

Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.