J’veux du soleil ! : une heure quinze de fraternité

J’veux du soleil ! : une heure quinze de fraternité

Je viens enfin de voir J’veux du soleil !. Je sors tout juste de la projection…

Et ma première réflexion, c’est la même qu’après la lecture de Ce pays que tu ne connais pas. Je n’ai rien retrouvé dans les deux œuvres, rien de ce que m’en avaient raconté les je-sais-tout qui t’expliquent du haut de leur piédestal ce que nous, pauvres imbéciles, devrions en penser. Tu peux oublier à peu près tout ce que les bavards professionnels ont dit et écrit sur J’veux du soleil !.

Oublier les méchancetés, oublier le fiel, oublier les attaques viles et les coups bas. Oublier tout.

Tu ne verras pas la fameuse moto Harley-Davidson de Ruffin omniprésente dans une très longue critique : François conduit une bagnole ! Voiture dont je suis bien infoutu de te dire la marque. Le critique si bavard n’a tout simplement pas vu le film ! Et même pas vu la bande-annonce de deux minutes où l’on voit François Ruffin rassurer Gilles Perret au sujet des freins de la voiture refaits par Norauto la veille.

Va voir J’veux du soleil ! si tu n’as jamais mis les pieds sur un rond-point, si tu n’as jamais mangé à côté d’une baraque, si tu n’as jamais écouté une personne portant gilet jaune. Il n’est jamais trop tard pour ouvrir tes yeux et tes oreilles. Jamais trop tard pour faire connaissance avec tes voisins.

Va voir J’veux du soleil ! si tu as eu froid cet hiver malgré les trois pulls sous la plus épaisse de tes doudounes, si tu as rencontré des amis pour la vie, si tu as respiré des gaz, si tu as couru pour fuir les flics.

Dans J’veux du soleil ! il y a une clé. Une très vieille clé de compréhension. Énoncée longtemps avant les naissances de François Ruffin et Gilles Perret. C’est Henry Poulaille qui a écrit vers 1930 : « Pour parler de la misère, il faut l’avoir connue. »

La misère, devant la caméra de Gilles Perret, tu vas en voir passer une kyrielle de spécialistes hautement qualifiés et expérimentés.

Des histoires de frigo vide, de ventre vide, de cantine scolaire payée par un maire compréhensif, d’électricité coupée, de caravane qui a remplacé l’appartement dont on ne pouvait plus payer le loyer, d’emploi en pointillés, de retraite famélique.

Durant quatre minutes une femme handicapée parle de sa difficulté à faire vivre ses deux gamins avec neuf-cents euros d’AAH, alloc adulte handicapé. Quatre minutes alors que son élocution est difficile. Quatre minutes avec le soutien des autres du rond-point. Dont la femme qui raconte l’avoir vue, avant les Gilets jaunes, faire les poubelles du supermarché pour y prendre la nourriture. Quatre minutes de chaude fraternité intense.

D’habitude on est devant l’écran. D’habitude on est rien. Aujourd’hui on est sur l’écran. Pour une fois on nous regarde. J’veux du soleil ! montre des Gilets jaunes qui bossent, des Gilets jaunes qui ont bossé et sont en retraite, des invalides, des jeunes, des gens au RSA, des mères seules qui galèrent.

Et toute cette détresse racontée par les naufragés, ça fait un film formidable qui donne la pêche, qui donne envie de se battre.


Au p’tit bonheur chante J’veux du soleil ! (1991). Dans le film c’est Marie la galérienne qui se met à chanter seule sur la plage. C’est Marie qui a donné le titre au film. Elle emballe tant Gilles et François que dans le générique de fin on les retrouve en studio à Paris avec le groupe Au p’tit bonheur reconstitué pour l’occasion. Où Marie chante J’veux du soleil ! avec Jamel Laroussi.

Un citoyen ordinaire à la rencontre des personnes cabossées par la vie.