Quand nous en reviendrons au nouveau franc…

L’issue ne fait plus guère de doute, même pas dans l’esprit de ses plus ardents défenseurs : l’euro est à terme condamné, sanctionnant l’échec de l’Union européenne (UE) à prétendre être une entité économique et politique sérieuse. La nature ayant horreur du vide, chaque pays membre se devra, de gré ou de force, de revenir à une monnaie nationale.

C’était une chouette idée, pourtant, cette invention d’une monnaie commune à tous les pays du vieux continent qui la souhaitaient. Vous vous rendez compte, d’un coup elle abolissait les frontières ! Vous passiez de France en Belgique, ou en Allemagne, ou en Italie, Espagne sans qu’on vous cherche chicane, sans passer par la case un peu trouble des officines de change !

Elle était même facteur de tolérance et de réconciliation. D’un coup, vous ne vous heurtiez plus de payer votre rôti bien de chez vous avec un billet ou des pièces illustrés de la trogne d’un souverain étranger. Un de ceux dont les prédécesseurs vous firent jadis la guerre. Ah oui, chouette idée, vraiment !

Diagnostic vital engagé pour l’euro

Mais, c’est le propre des monnaies, le revers de la médaille apparut bien vite.

  • La gestion de l’euro échappait à tout contrôle démocratique en étant confiée à une Banque centrale européenne (BCE), garante d’une orthodoxie néolibérale plus soucieuse de servir un système clanique que le bien-être social des populations ;
  • l’euro desservait des entités économiques trop différentes : comparez donc les niveaux de salaires de pays comme l’Allemagne ou la France avec ceux de nouveaux venus comme la Pologne ou la Roumanie ;

De tout ceci résultent des déséquilibres désastreux que la pseudo gouvernance politique communautaire, résumée à un rapport de force imposé par les deux membres les plus puissants (Allemagne et France) à tous les autres, ne pouvait que renforcer et non résorber.

Des refondations monétaires sous la contrainte

Le constat est accablant, le spectacle est pitoyable : l’euro, symbole monétaire de cette construction exsangue et bancale qu’est aujourd’hui l’UE vit ses ultimes moments. Et ce n’est la pitoyable comédie du 26 octobre qui va y changer quoi que ce soit. Deux raisons :

  • soit les brebis galeuses en seront exclues pour ne par envoyer le rafiot par le fond : Grèce ? Portugal ? Espagne ? Italie … ? Liste hélas non exhaustive.
  • soit ses membres restant les plus valides s’en excluront pour ne pas être eux-mêmes emportés aux abîmes ; qui n’a pas senti combien cette hypothèse chatouillait déjà nos voisins allemands ?

On ne saurait évidemment se réjouir de la disparition de l’euro. D’une part parce qu’il sanctionne la fin d’une belle idée communautaire ; d’autre part parce qu’il ouvre les portes sur l’inconnu : celui, non d’un retour aux vieilles monnaies d’antan, mais de la reconstruction, sous la contrainte et dans les pires conditions, de nouveaux systèmes monétaires « relocalisés ».

Une partie délicate mais jouable

L’argument de l’impossibilité d’un retour en arrière, celui prédisant le pires calamités aux nouvelles monnaies ne tient cependant pas non plus. Et nous n’entrerons pas ici dans le déroulement de scénarios tous aussi improbables les uns que les autres

Nous remarquerons seulement que les républiques socialistes soviétiques ne sombrèrent pas corps et biens quand la chute du mur de Berlin les obligea à refonder leurs propres systèmes monétaires. Certains, comme les pays baltes, y trouvèrent même largement leur compte.

Il ne faut pas se voiler la face : avant d’aboutir à une refondation de systèmes monétaires sains, il faudra affronter une zone de tempête financière agitée et dangereuse. (Mais rester sur le rafiot euro tel qu’il est serait encore plus suicidaire).

Surtout, une inconnue de taille reste encore à résoudre : la reconstruction d’un système monétaire dépend de son maître d’œuvre politique. Et là, c’est une autre histoire, qui ne tient pas seulement à une échéance présidentielle.

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Un voyageur à domicile en quête d'une nouvelle civilisation.